J’ai hésité à t’écrire ici, puis je me suis dit que ça résonnerait peut-être pour toi aussi.

Je suis fatiguée. Et j’ai du mal à répondre à la question « comment ça va ? »

Souvent, je ne réponds pas vraiment. Ou alors j’essaye d’être honnête et je réponds que non, ça ne va pas. Mais c’est difficile à expliquer ce qui se cache derrière un « ça ne va pas ».

L’ombre des oiseaux, caressait sa peau. Elle bronzait au lait de coco. 

C’est les moments où sans savoir exactement pourquoi, tu sais que tu pleures pour rien. C’est se réveiller en pleurant. Pleurer sous la douche. Pleurer en dormant. Pleurer pour rien. C’est se recroqueviller sur le sol, s’emmitoufler dans des couvertures, et laisser passer les heures. C’est ne vouloir voir personne, ne parler à personne. Et cacher sa voix mouillée pour répondre au téléphone.

Ou le laisser sonner en boucle. Ne pas savoir quoi répondre. Laisser les messages en « vu ». Ou ne pas les ouvrir. Essayer de répondre, ne pas y arriver. Lâcher un smiley. Dire que tout va bien.

L’ombre des oiseaux, caressait sa peau. Elle bronzait au lait de coco. 

C’est oublier de manger.

C’est oublier de dormir. C’est vivre nue parce que l’idée de mettre des vêtements est difficile. C’est sortir en pyjama sous sa veste. Parce qu’il faut tout de même bien sortir.

C’est marcher dans la rue puis s’assoir sur le rebord d’un trottoir. Et pleurer encore. Se demander si les larmes s’arrêteront un jour de couler.

Arriver en retard.

L’ombre des oiseaux, caressait sa peau. Elle bronzait au lait de coco. 

C’est ne pas avoir envie de parler.

Ne pas avoir envie de faire un câlin. Se forcer.

C’est rester le regard dans le vide sur le quai de la gare. Ne pas sortir tout de suite de la voiture et pleurer encore. Rentrer dans une pièce, ne pas enlever son manteau mais se cacher sous le lit. Entendre les gens qui demandent « Mais ça va ? » et s’entendre répondre « Laissez-moi seule. »

Caressait sa peau. 

C’est s’endormir dans un coin.

Sentir quelqu’un qui te pose dessus une couverture. Et le bruit du silence. Le bruit de ta propre respiration saccadée, à peine calme. Avoir envie de ne jamais se réveiller.

Mais se réveiller quand même parce qu’il le faut bien. Chasser les larmes qui reste. Balayer les questions d’un revers de main. « Qu’est-ce qui s’est passé ? ». « Rien. » Et enchaîner sur une banalité floue. Il est beau ton pull. Il fait peu froid pour un mois de décembre. Et dans son regard comme dans le tiens, c’est entendu qu’il n’y a rien. Rien que du rien réel.

L’ombre des oiseaux. 

C’est ne pas savoir s’endormir seule.

Mais ne pas avoir envie de dormir blottie. C’est ne plus savoir exactement ce qui se passe dans ce corps. Errer dans les rues sans but. Pour prendre l’air. Prendre des douches. Encore. Encore. Pour essayer de se laver de toutes ces pleurs qui ne servent à rien. Ne pas avoir envie de parler. Même chez la psy. Annuler les rendez-vous.

Elle bronzait au lait de coco. 

Et parfois dans un seul et même élan, répondre à tous les messages en même temps. Brancher la voix joyeuse au téléphone. Laisser des vocaux. Distribuer des paillettes. Répondre « ça va un peu mieux ». Laisser un chrono. Avant de s’effondrer à nouveau.

Et c’est comme si rien n’y faisait rien.

Méditer le matin. Ecrire des mots flous. Courir sur le bitume. Faire du yoga. Voir des gens. Cuisiner des bonnes choses. Laisser les plats pourrir dans la cuisine. Pleurer sur du carrelage.

L’ombre des oiseaux caressait sa peau. 

Peut-être qu’il faut alors se raccrocher aux toutes petites choses. Petit blotissement de fourrure de chat. Tasse de thé chaude. Maison pleine de vie où il n’y a pas besoin de parler. Baisers volés dans l’encadrement des portes. Gratouilles dans le dos. Bisou sur l’épaule. Soirée film en peau à peau.

Et surtout pouvoir dire « Je me sens mêlée. Partagée. C’est flou en moi.  » et s’entendre répondre « Je te laisse revenir plus tard, si tu veux, quand tu auras le temps et l’envie. »

Parce que c’est peut-être la seule chose qui manque parfois. Le temps et l’envie. Pour tout.

Dans les moments où ça ne va pas. Redevenir petit animal sauvage tapis quelque part. Dans le silence des au revoir.

Ecouter aux portes. Laisser une main sur un bras. Dormir dans le bruit des respirations. Rire. Jouer au cerceau. Etre une sorte d’enfant. Comme dans les cours de récréations.

C’est ok de ne pas aller bien. Ce qui est douloureux, c’est les gens qui n’entendent pas que c’est ok. Et qui te force à faire semblant. En s’inquiétant.

L’ombre des oiseaux caressait sa peau. Elle bronzait au lait de coco. 

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