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J’aime lire. Depuis toujours. Je pourrais passer des heures et des heures à dévorer des romans. Voici les quatre derniers qui ont accompagné mon été. De gros pavés de quatre cents pages qui méritent d’être partagés.

Là où les tigres sont chez eux, Jean-Marie Blas de Roblès

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Je suis tombé sur le livre par hasard, dans une librairie. Parce que la couverture était flashy. Parce qu’il n’y avait pas de résumé derrière. Parce que l’histoire se passait au Brésil. Parce que c’était un long pavé qui semblait parfait pour occuper mon été. Je ne sais pas dans quelle mesure vous faites parfois des challenges littéraires (choisir un livre dont l’auteur commence par la lettre « C », choisir un livre avec une couverture verte etc…) mais c’est la meilleure façon de sortir de ses petites habitudes. Et clairement, Là où les tigres sont chez eux n’aurait jamais pu faire partie de mes petites habitudes.

Eléazard, écrivain désabusé triste et esseulé qui porte un regard sarcastique sur le monde. Elaine, scientifique géologue perdue dans la jungle brésilienne. Moéma, jeune  bourgeoise pétrie par la drogue à la sexualité tumultueuse. Nelson, handicapé des bidonvilles. Moema, général corrompu. Tous ces personnages sont liés d’une façon ou d’une autre dans un long pavé de 500 pages. Il y a du sang, du suspens, des larmes, de la littérature, de la drogue, de la tension.

Oui mais. Ce roman a été écrit par un homme et ça se sent à des kilomètres. Je n’ai rien contre les écrivains masculins, vraiment. Sauf quand ils nous bassinent avec des clichés sur le genre féminin et le sexe en règle général. Là où les tigres sont chez eux suinte le sexe. A vrai dire, aucun des personnages ne peut y être définit sans de longues descriptions de sa frustration ou de ses assouvissements sexuels, ce qui est fort dommage. Ajoutez à cela le fait que le viol est utilisé à moult reprise comme élément narratif. Ca a suffit à me faire froncer du nez. Je trouve ça très plat, très creux et très vide d’utiliser le viol féminin avec autant de détails et à plusieurs reprises alors qu’il n’y a quasiment pas une seule autre scène violente pour un personnage masculin. On dirait un fantasme d’auteur redondant et glauque. De façon très personnelle, ça a suffit à me faire porter un jugement de valeur sur l’ensemble du livre qui est sinon une roman-fleuve assez prenant et intéressant. Mais bon. J’ai trouvé ce point décevant.

 

Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

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Americanah a été ma grande claque littéraire de l’année je crois. Parce que l’histoire se passe à moitié au Nigéria et retrace avec précision une culture particulière. Parce que c’est une histoire d’amour. Parce que c’est une histoire de race. Parce que ça sonne tout simplement vrai. Pas de drama, pas de grands rebondissements et d’amants éplorés. Pas d’interdits larmoyants et de complaisance dans la description du racisme. Non. Juste des mots très justes, très vrais, très prenants.

C’est l’histoire d’Ifemelu et Obinze. C’est l’histoire du Nigéria, de l’ascension social, des dictatures. C’est l’histoire de l’émigration, du rêve américain. C’est une histoire qui pourrait être vraie. Ifemelu et Obinze étaient un couple d’ado au sein d’un Nigéria tourmenté. Pas de tourment dramatique. Du tourment réaliste, des situations de la vie quotidienne. Des détails si précis qu’on s’y croirait. Ils s’aimaient. Puis les études les ont séparés.

On suit leur vie en parallèle à grands renforts de flashbacks. Oui c’est une histoire d’amour. Mais ils ne passent pas leur temps à penser l’un à l’autre. Ils vivent. Ils réalisent leurs propres expériences. Et que d’expériences ! La question de la race est abordée crûment et sans phare sans jamais sombrer dans le pathos. C’est plein de réflexions très actuelles et très claires à la fois. Un livre qui m’a ému comme rarement et que je recommande très sincèrement.

L’homme qui savait la langue des serpents serpents, Andrus Kivirähk

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Si vous voulez lire un livre qui rappelle vaguement les péripéties de Candide ou du Monde selon Garp. Si vous aimez la mythologie, que vous avez envie de voyager à la découverte de nouvelles cultures et qu’une lecture décalée vous fera du bien, craquez pour L’homme qui savait la langue des serpents. 

On y suit le parcours initiatique de Leemet, le dernier de sa tribu encore capable de maîtriser la langue des serpents alors que la plupart des habitants des bois décident de quitter la forêt pour aller vivre au village. La langue des serpents est un dialecte ancien, capable de donner des ordres à n’importe quel animal. Cela permettait aux premiers Estioniens de vivre paisiblement et de gagner toutes les batailles contre leurs ennemis.

L’homme qui savait parler aux serpents est drôle et plein de nostalgie. C’est l’histoire d’un monde qui change. Plus personne ne veut rester dans la forêt, ni apprendre la langue des serpents. On suit Leemet grandir tout au long du livre avec ce sentiment de solitude, ça et là parsemé de moments fantastiques. On s’attache à son entourage, sa soeur amoureuse d’un Ours, ses amis autralopithèques, les druides de la forêt, les grands guerriers d’antan. Le livre est beau. Drôle. Et triste. Tout à la fois. Mais on se laisse porter par les délices de la mythologie estonienne encore trop peu connue au long de ces quatre cents pages d’histoire.

Light a Penny Candle, Maeve Binchy

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C’est le premier livre que j’ai volontairement lu en anglais. Lors de mon voyage au Mexique, j’ai trouvé une librairie internationale d’occasion où une vieille dame m’a dit  » Ce livre, je l’ai lu quand j’avais votre âge et j’ai pleuré. Je l’ai relu il y a quelques mois et j’ai encore pleuré. Il a fait écho à ma vie à tous les âges. Le désir de vaincre, la volonté de s’élever socialement, et la difficulté d’être une femme. » C’était une assez belle description pour me donner envie de le prendre.

Et je suis encore en train de le finir, mais je peux vous dire que c’est une très belle histoire. Pendant la seconde guerre mondiale, les enfants anglais étaient envoyés à la campagne pour être protégés des bombardements. C’est ainsi qu’Elizabeth, une fillette de 10 ans timide et calme rencontre Aishling, une petite tout feu tout flamme et son immense fratrie. Elizabeth vient de la bourgeoisie londonienne. Aishling vit dans une campagne irlandaise. Mais on suit leur amitié grandir et évoluer au fil des âges par l’intermédiaire des lettres qu’elles s’écrivent.

Elles ont des vies différentes. Elles expérimentent chacune leurs tours différentes choses. Mais on ne sombre pas dans le pathos. Les bons et les mauvais côtés se retrouvent dans les deux camps. De l’adolescence au début de l’âge adulte, elles se cherchent, se perdent, se retrouvent, se découvrent. On parle d’argent, on parle d’amour, on parle de rang social, on parle d’autonomie. De mort, de maladie, de détresse. De franche camaraderie et de fraternité. C’est frais, ça pourrait être vrai. Il n’y a absolument rien qui ressemble à un cliché à l’intérieur du livre et toutes les péripéties sont très surprenantes. On prend le lecteur au dépourvu, on sort des a priori et des sentiers battus. Et ça fait du bien.

 

Je déconseille de commander des livres sur Amazon, par respect pour le travail souvent difficile de nos petits libraires de quartier. Jetez un coup d’oeil sur l’article d’Antigone XXI  sur le sujet !

Si vous voulez acheter un livre sur Paris, je vous recommande la Librairie Polonnaise près d’Odéon, mon lieu coup de coeur du moment !

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