« Ta jupe, elle est trop courte là ? »

Je sais que c’est une phrase à ne pas dire. Je suis féministe. Je suis engagée. Je ne veux blesser personne. Et pourtant, surveillante au collège, les mots sortent parfois tout seul.

*article écrit à partir de l’expérience de Chloé, rencontrée dans une auberge de jeunesse à Melbourne

Etre surveillant au collège, c’est un petit boulot à la portée de n’importe quel étudiant. On ne demande pas toujours de grands qualificatifs. Une bonne capacité à communiquer, l’habitude de travailler avec des enfants, un peu de rigueur. Et pof, c’est parti. On est engagé. Le pied le boulot de surveillant ? Pas tellement. On a les enfants en permanence, pendant les récréations, pendant les cours. On est parfois sous-estimé par le reste de l’écosystème éducatif, et pourtant, qu’est-ce qu’on en a des responsabilités ! On est souvent la figure d’autorité la plus proche des élèves. On les voit tous les jours. On les voit en dehors des cours surtout. Et c’est ce qui compte probablement le plus. Parce qu’ils s’en passent des choses, dans les couloirs.

Ce ne sont plus tout à fait des enfants, ni vraiment des adolescents. Ce sont des êtres qui grouillent de changement, de doutes, de peurs, d’affirmations, de téméraires convictions. On les voit évoluer comme un petit échantillon de société. A tester les limites, leurs propres limites.

Alors qu’est-ce qu’on fait quand chaque mot peut avoir un impact qu’on n’estime pas ? Comment on fait pour ne pas heurter cette âme encore molle et fragile sous la carapace en carton des adolescents ? On a peur. On ricoche. On manque souvent la cible.

Les jupes des ados au collège

Quiconque a déjà croisé un ado ou se souvient avoir été ado sait que les vêtements ne sont que joyeuses expérimentations. Où est la limite ? Doit-il y avoir une limite ? Peut-on les laisser porter ce qu’ils veulent ?

« J’ai deux cas de figure en tête.

Le premier, c’est une gamine en robe moulante et mini jupe au self. Il n’y a pas de filtrage le matin devant l’établissement. Ce n’est qu’en milieu de journée que j’ai vu sa tenue. En l’occurence elle portait son plateau, je la vois avec ses copines en train de discuter et la jupe était au ras des fesses. C’était vraiment très très court. J’ai attendu qu’elle soit assise, je lui ai parlé discrètement – je considère que les autres n’ont pas besoin de savoir. Pour lui dire qu’elle devrait éviter.

Elle a été toute gênée, elle m’a dit« Ah ouais, normalement elle est pas aussi courte ». J’ai dis « Dans ce cas là tu tires dessus et demain met autre chose, tu te sentiras plus à l’aise ».
Une autre gamine. J’aimais bien comment elle s’habillait. Un jour, elle avait une jupe très ample, très jolie. Mais elle s’amusait à se bagarrer avec ses copains, parfois se retrouver par terre. On la voyait allongée sur le sol, sous un garçon, avec toute sa culotte de visible. Le coup de la culotte en soi, c’est pas très grave. C’est surtout par rapport à elle. Elle doit considérer ce qui se passe autour. Et quand je dis aux mecs de remonter leurs pantalons pour leurs caleçons, la jupe et la culotte c’est pareil. »

Peut-il sembler légitime de dire à des jeunes filles que leur jupe est trop courte en ce cas ? On essaye toujours de les protéger, ou en tout cas, de leur donner des clés de compréhension d’un environnement général.

« On a pas eu l’occasion d’en reparler. Pour moi c’était pas forcément problématique. Si ça se trouve elles ont remis les mêmes fringues. Je trouvais ça juste important de le dire. »

Les garçons dans tout ça ?

« Oh je parle des filles, mais il y a des garçons aussi ! Je ne compte pas le nombre de fois où j’ai dû leur dire de remonter leurs pantalons ! »

Est-ce qu’on adopte la même discrétion avec une fille et un garçon ? Est-ce qu’on aura pas plutôt tendance à le héler à la cantonade alors qu’une remarque sur la gestion de l’intime de sa tenue peut le blesser de la même manière ?
« En fait, ça dépend du caractère de l’enfant. J’ai pas un souvenir phénoménal, ils étaient tous avec leurs pantalons au genou. Des fois je l’ai dis comme ça, sans précautions, c’est vrai. C’est pas le même souci je pense. C’est plus facile de remonter son froc. Une nana habillée comme ça, elle va rester habillée comme ça. Elle ne peut rien faire d’autre. Je vais juste lui dire le lendemain de mettre d’autres fringues. »

La limite entre liberté et hypersexualisation

Bien sûr que le collège est aussi leur espace de liberté, en dehors des parents ! Ils essayent, ils tâtonnent, c’est normal. Le problème ce n’est pas la créativité dans le vêtement. C’est l’hypersexualisation.

« Je sais pas moi, je trouve qu’une gamine de 14 ans n’a pas à s’habiller comme une nana de 20 ans. Dans son développement, c’est trop tôt. On ne va pas dire « la jupe c’est dangereux », on va dire le développement c’est pas ça. On avait des nanas de 14 ans qui sortaient en boîte de nuit. Tu attires quoi ? Elles ne sont pas prête forcément à avoir ce rapport adulte.Faire l’amour avec des jeunes de son âge, c’est normal, ça fait partie du cheminement. Par contre, avoir des rapports avec des gens beaucoup plus âgés, au niveau du consentement. Qu’est-ce que ces gars là vont chercher ? »

L’apprentissage de la vie privée et du consentement

Qu’on ait dix, quinze, vingt ou trente ans, c’est le même combat. Le consentement est une chose primordiale qui est trop souvent mise de côté.

« Au sujet de l’apprentissage de la vie privée. Il y a une circulaire de l’éducation nationale qui stipule que ce soit indispensable qu’une asso vienne expliquer des choses en rapport avec la sexualité et le rapport à l’autre. Le consentement. On a apprit ça par une élève. Il y a eu des fellations plus ou moins forcées à l’internat. Des garçons qui insistent, une, deux, trois, quinze fois. Et quand elle dit oui, les mecs comprennent pas que c’est forcé.  Qu’est-ce qu’on fait pour ces enfants ?»

Et si on se servait du vêtement comme d’un prétexte pour ouvrir la parole ?

« Moi je pense que si les nanas veulent se mettre à poil dans la rue, les mecs n’ont toujours pas le droit de les importuner. Dans la vie de tous les jours, on a pas à se faire emmerder si on veut pas. Pour beaucoup, le vêtement c’est juste une excuse « T’es en jupe donc je peux te faire chier ». Quand moi je me vois ado, la vision de la sexualité que j’avais était très restreinte, pour moi c’est normal. J’avais une vision enfantine des choses, envie de faire un bisou ou des calins, très softs. C’est un autre débat mais c’est peut être parce que j’étais dans une campagne. Au collège, quand les trois quart des gamines ont couché avec un mec, pour moi c’est trop tôt. On arrive dans une société où faire l’amour c’est comme acheter un nouveau t-shirt. On y accorde plus d’importance. J’aimerai que les collèges ou les lycées fassent appel à des asso, il y en a qui en parlent très très bien. »

Et c’est important de donner aux jeunes un espace de parole. Un lieu où aborder les sujets qu’ils découvriront forcément seuls à un moment ou à un autre. Le corps, la sexualité, c’est quelque chose de fort. Quelque chose qui doit être maîtrisé. La maîtrise passe par la compréhension.
consentement ado college raton reveur blog

Raton, si tu as une expérience à raconter, du point de vue ado, surveillant ou juste lecteur extérieur, n’hésite pas à ouvrir un débat sur le sujet en commentaire !

Share: