C’est venu comme ça. Dans ma promo de formation en gynécologie holistique, une camarade a demandé si on y connaissait quelque chose en bouddhisme et comment le devenir. Je me suis sentie illégitime mais j’ai répondu « Je crois que je peux t’aider »

A côté, une autre camarade a répondu qu’elle vivait dans une communauté bouddhiste depuis des années. Je me suis sentie vaguement gênée, mal à l’aise, pas assez. Puis je me suis rappelée que j’étais assez. Que c’était une voie du coeur. Et je me suis posée la question  » Mais en fait Cléa, comment es-tu devenue bouddhiste ? »

Par hasard de la vie et choix de l’âme

Vraiment. Quand on me parlait du bouddhisme, je me sentais attirée mais aussi très gênée. J’avais énormément de cliché en tête « C’est un truc de hippie ». Et on balayait ça d’un revers de main sans plus s’y attarder. C’était simple, de regarder ailleurs. Pour tout avouer doux raton, la question m’a trotté dans la tête pendant plusieurs années jusqu’à ce qu’un jour, en Australie, je tombe dans une librairie bouddhiste. Complètement par hasard. La devanture était jolie. J’avais beaucoup de temps à perdre. C’était le genre de belle après-midi d’été où tu te ballades en flânant à New Town, cette banlieue hippie de Sidney.

« Je n’y connais rien, mais j’aimerai bien apprendre ». Je me souviens que c’est ce que j’ai dis à la libraire – une charmante personne d’ailleurs. Elle a souris. Et elle m’a tendu le livre The Buddha Walks Into a Bar de Lodro Rinzler. Elle ne savait pas. Je ne savais pas. Mais ce livre allait changer pas mal de choses.

The Buddha Walks Into a Bar est resté dans mon sac pendant un an et demi.

Je l’ai trimballé partout. Sur tous les continents. Je l’ai feuilleté dans la joie, dans la détresse. Et je ne cesse encore d’y trouver des détails intéressants. C’est un livre qui explique le bouddhisme simplement aux millenials. Sans se prendre au sérieux. Mais avec beaucoup de sérieux. C’est un livre qui te dit que tu n’as pas besoin de vivre au fin fond d’une grotte, habillé en chanvre et à marcher pieds nus. Non. Loro réussi le tour de force d’appliquer les principes du bouddhisme à la vie quotidienne. Celle d’un urbain dans une grande ville, qui aime aller en boîte, qui travaille probablement beaucoup trop dans une grosse boîte qui ne fait pas beaucoup de sens, qui n’est pas M. Parfait.

Je ne peux que te recommander ce livre.

Puis j’ai lu Walk like a Buddha que j’ai beaucoup aimé parce qu’il répondait à des questions pratico-pratique « Boire de l’alcool ? », « Avoir plusieurs partenaires sexuels ? », « Manger de la viande ? ».

Toute ma rupture a été accompagnée par « Love hurts, buddhist advices for broken heart »

Clairement j’ai trouvé énormément, énormément de réconfort dans ces livres. Et plus je lisais, plus ça tambourinait dans mon coeur.

Plus je me disais « Mais hé. Mais c’est moi ! »

Les 5 grands préceptes du bouddhisme sont :

Ne pas :

1) nuire aux êtres vivants et retirer la vie
2) prendre ce qui n’est pas donné
3) mener une vie sexuelle dissolue
4) user de paroles inutiles, blessantes ou mensongères
5) ingérer tout produit intoxicant supprimant la maîtrise de soi (alcool ou drogues).

Ca fait beaucoup de « ne pas ». Il y a plein d’autres choses. L’histoire de Siddhartha, la pleine conscience, la méditation. Bref. Mais surtout, ces grandes idées ne sont pas à voir comme des commandements. Ce sont plus des philosophies de vie. Et pense moi naïve, j’aime bien ça, une religion qui est une philosophie.

Mon rapport à la foi

J’ai été élevée dans la pure tradition catholique. J’ai fais mes classes en établissement catholique. Je ne manquais pas un cours de catéchèse. J’étais dans la chorale de la messe tous les vendredi midi. J’étais scoute. Une de mes ambitions à 14 ans était de vivre dans la prière et de faire des études théologie. Voilà.

Il s’est passé énormément de choses et pour tout avouer, j’ai vu ma foi évoluer et grandir en même temps que moi. Et j’aime la religion catholique pour toutes les valeurs qu’elle m’a transmise, pour tout le soutien de la communauté qui m’a soutenue à l’adolescence. Mais jeune adulte, ça sonnait parfois un peu plat par rapport à mes valeurs à moi.

J’ai été une nana paumée dans ma foi.

Je l’ai enfermée dans un grand sac en me disant « Lalala, je vois pas. » et j’ai vécue ma vie. En athée mal à l’aise. A cheval entre deux mondes. Je me souviens qu’une fois, en visitant une église, un ex de l’époque s’était moqué parce que j’avais fais un signe de croix. Etre religieuse était vu comme une mauvaise chose. Et je ne savais pas à qui parler. Je ne savais pas quoi faire. Je n’avais pas envie d’y retourner. Pas non plus l’envie de le renier. Mais la sensation qu’il y avait autre chose.

J’ai besoin de spiritualité dans ma vie.

Phrase prononcée au bout de ma vie en plein SPM après avoir vu Prince d’Egypte. Parce que fuck à cette mode qui dit qu’être athée est la nouvelle hype. Parce que oui, avoir une communauté religieuse, ça peut faire un bien fou. Je t’épargne mes heures de détresse et de tiraillement sans nom. Ce déchirement à l’idée de tromper le catholicisme. Cette impression d’être à la fois hors du monde et à l’intérieur. Comme quand tu connais tous les codes d’un univers mais qu’il ne te parle plus.

J’ai cheminé comme j’ai pu. Puis j’ai poussé la porte d’un centre de méditation. Et j’ai gardé mes fesses sur un coussin pendant un weekend. A ne penser à rien. A part ma respiration.

Suis-je devenue bouddhiste ?

Ou pas hein. Peut-être que tu vas lire mon article et te dire « Elle a toujours l’air bien paumée ». Mais j’ai trouvé mon équilibre. Il n’y a pas de grand sacrement dans la communauté bouddhiste comme j’ai pu faire ma première communion ou ma profession de foi. Il n’y a que la conviction personnelle et le respect des valeurs.

Je chemine. Je suis heureuse de méditer seule chez moi quotidiennement et de le faire en groupe en allant dans un centre de méditation. Je suis heureuse de suivre la voie de Shambhala et ses retraites d’enseignements. Je suis heureuse, heureuse, heureuse d’avoir remis une chemise scoute et de savoir que mes petits pionniers cheminent pour avoir « l’audace du Garuda » chez les Eclaireurs de la Nature. Doucement mais sûrement, le bouddhisme m’a adoptée. Je crois.

Haha. Elle est bouddhiste.

Du coup, je suis devenue un drôle de petit cliché. Quand j’y pense. L’archétype de la meuf végane qui fait du yoga et qui se prétend bouddhiste. Why not. Pourquoi pas. Mon entourage est majoritairement athée et la question de la religion ne s’y pose pas. Quant à mes amitiés chrétiennes, je n’ai encore jamais eu l’occasion de venir mettre mon bouddhisme sur la table.

C’est bizarre de parler de religion. Souvent, on les moque, on les pointe du doigt. Mais il y a une telle beauté à se sentir aligné dans des principes de vie communs. Ca me plaît.

Ai-je l’impression de devoir perpétuellement me remettre en cause au sujet de l’appropriation culturelle ? OUI. Avec humilité, j’essaie le plus possible de me rappeler que je ne sais rien et que la façon de vivre le bouddhisme à l’occidentale reste différente des fondements des principes en orient. Est-ce que j’ai envie d’aller plus loin ? Oui. Et non. Mes fièvres théologiques se sont calmées avec l’âge – même si j’avoue que j’aimerai beaucoup me poser et apprendre le pālie.

Bref. Je suis devenue bouddhiste. Je suis en train de devenir bouddhiste. Je ne sais pas. Mais je sais que je me sens très bien face à cet aspect là de ma vie. Et c’est bien l’essentiel.

A la question « J’ai envie de devenir bouddhiste », je sais répondre en toute légitimité « Je crois que je peux t’aider ».

 

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