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Suis-je devenue un cliché de jeune bobo ?

C’est une question que je me pose souvent. Parce que j’ai l’impression d’avoir changé pas mal de choses dans ma vie. Dans ma façon d’être. Dans tout. C’est ultra frustrant parfois. Lassant, épuisant. Et en même temps très valorisant. Je me sens bien dans ce que je fais. Je sais que je ne le fais pas pour les autres mais pour moi. Je sais que j’ai l’impression d’agir tous les jours à ma petite échelle pour la création d’un monde qui me ressemble. Je sais que je veux tendre vers le meilleur.

Vers une meilleure version de moi-même. Vers une meilleure version du monde. Je veux me lever le matin et profiter des matinées calmes et sans télé. Je veux ne pas lire le journal tout pourri qu’on nous sert avec des mensonges qui ne servent à rien.Je veux manger, manger, manger et toujours manger. Surtout, je veux prendre le temps de se plaisir de cuisiner. D’entendre les casseroles qui crépitent, qui grésillent, qui fument. D’e m’improviser alchimiste dans ma cuisine. D’être reine de mon domaine. Et c’est si beau, si bon, si drôle de voir comme on peut transformer les aliments. C’est rire à soi-même en goûtant au plat, lever un sourcil surpris et se dire “Tiens, ça a donc ce goût là !”

C’est faire ses courses dans des magasins qui sentent la paille et le bois propre. Dans des AMAP où on a les doigts pleins de terre et où on aide à monter des tables ou transporter des paniers de légumes même quand il pleut et que c’est difficile. C’est avoir l’impression que tout le monde se sourit et qu’il suffirait de leur parler pour devenir amis. C’est rencontrer des gens au hasard et en bienveillance. Je ne compte pas le nombre de chouettes personnes que j’ai croisé dans la vie. En magasin bio, en resto végé, en cours de yoga en bénévolat. Partout. En fait, le monde est peuplé de chouettes gens.

Est-ce qu’on est un monde dans le monde ? Un monde de gens un peu bobo ?

Est-ce que je suis désolée de froncer le nez avec une peur panique dans le ventre quand je rentre dans un supermarché traditionnel avec ses néons froids et son carrelage terne ? Avec tous ses paquets de papiers colorés de marques aux produits chimiques et industriels qui vous empoisonnent lentement ? Est-ce que j’ai mon poil qui se hérisse quand j’ouvre ton frigo rempli de choses que je ne peux pas manger ? Les frigos des gens me font peur. Les frigo des gens me font mal.

J’ai mal pour le contenu du frigo. J’ai mal pour ce qui a été conscient et qui est maintenant mort. J’ai mal pour ces légumes sans vie qui n’ont jamais vu le soleil vrai sans la lampe des serres artificielles. J’ai mal pour tous ces grands groupes, ces noms de marques hideux qui se partagent nos ressources, notre terre et tous nos efforts. J’ai mal enfin pour toi. J’ai mal pour la personne qui mange tout ça, comme si elle s’empoisonnait. Comme si elle s’empoisonnait.

J’aimerai lui hurler dessus. Lui dire non mais tu te rends compte ?: Est-ce qu’est ça que tu veux ? Tu veux devenir flaque de liquide rongé par l’acide ? Tu veux être terne et mort, essoufflé comme un ballon crevé ? Tu veux être une urne percée qui se vide de sa propre eau ? J’ai mal et j’ai envie de pleurer. A chaque fois que je vois un frigo.

C’est crétin hein.

Je pourrai aussi dire que je suis bobo parce que je suis chiante. Parce que je fais partie de ces gens relous qui considèrent qu’il n’y a pas de problèmes. Ou que si, il y a des problèmes partout mais des solutions aux problèmes. Que la bouffe, les immigrés, le travail, que les appartements, les ordinateurs, les parquets et les radiateurs à changer, que la nourriture, que les fruits, les légumes, les animaux errants dans la rue, la déforestation des forêts du sud de l’Asie mineur où vivent les orangs outans. Que tout ça, ce sont des problèmes qui peuvent se régler. Qu’il faut les régler. Qu’il est de notre devoir de se lever pour faire quelque chose.

Je suis chiante. Je suis déso. J’aimerai arrêter de dire que je suis déso parce qu’en vrai c’est un vrai déso pas déso. Déso pas déso de continuer à te regarder avec cette étincelle de non-jugement mais jugement quand même. Déso pas déso de ne jamais dire le fond de ma pensée mais de le penser très fort à chaque fois que je te vois faire un truc, manger un truc, acheter un truc. Déso pas déso de haïr les règles du jeu dans lequel on joue et d’avoir envie de tout foutre en l’air. Littéralement.

Alors oui, je porte des pulls en lin, je ne regarde pas la télé, je cherche des crèmes solaires cruelty free. Je refuse de manger une pomme si elle n’est pas bio, je veux nourrir mon chat en raw et en fait comme je n’y arrive pas, je veux des lapins. Ou des chiens. Végétaliens. Ouais, ouais. Véganes mes chiens et je vais même passer des heures et des heures à lire des bouquins de théorie nutritionnelles pour vérifier que je fais les choses biens, que je ne met personne en danger. Que en fait, mon médecin traitant, il n’y connaît rien du tout à mon régime alimentaire et que mon information, je dois la chercher ailleurs, dans des livres, sur internet, sur des sites qui viennent du bout du monde, des Etats-Unis, du Canada. Parce qu’on n’est pas fichus de m’expliquer concrètement et facilement ce que je dois faire si j’ai un problème. Parce qu’on considère que mes choix éthiques sont nuls. Parce que je vis dans de la désinformation au quotidien.

Déso de m’intéresser aux couches lavables ou aux recettes artisanales de petits pots pour bébés, de pédagogies alternatives ou de nomadisme familial. Déso pas déso d’avoir envie de pleurer quand j’entends que tu as acheté un truc à Pimkie ou Primark parce que j’ai fondamentalement mal de penser à tous ces gens qu’on paye que dalle pour ta slow fashion à deux sous que tu vas porter une seule saison.

Déso de me dire que je suis chiante si je demande un sandwich avec rien d’autre que de la salade. Alors que je ne suis pas un lapin et que j’adore la bouffe, mais j’ai pas envie de te faire chier en te demandant un truc qui sortirait trop de tes habitudes. Alors de la salade dans du pain, normalement tu peux faire facilement. Et que si tu met du beurre dedans, je ne pourrai pas le manger. Je ne voudrai pas le manger; Parce que je lutte de toutes mes forces au quotidien contre l’exploitation animale. Et non, c’est pas marrant. C’est pas difficile mais c’est pas marrant. Parce que toi avec tes réflexions à deux balles et tes offres de grand public où il y a des produits de l’exploitation animale partout tu rends ça relou.

Déso pas déso de ne pas porter le même maquillage, le même parfum, les mêmes fringues. De ne pas avoir la même vie en fait. De ne même pas avoir les mêmes métiers, les mêmes apparts. Déso pas déso d’avoir voulu m’emmurer dans de la banlieue gauchiste pleine d’initiatives solidaires et de vivre dans un loft d’artistes avec des colocs véganes. Oui, je sais, ça sonne cliché. Je sais. Je sais que j’aurai pu juste continuer à vivre en cité universitaire et manger des pâtes comme tout le monde et que je suis chiante. Que bosser en freelance dans le digital et dire à tout bout de champ que l’argent ne devrait jamais être un problème me rend chiante. Que ce loft gigantesque avec un loyer indécent fait de moi quelqu’un de relou, de déconnecté à la réalité. Et que vivre avec des colocs aussi toqués que moi nous rend légèrement barges, tous dans une bulle. Déso si c’est ce que je vois parfois dans tes yeux quand je parle de ma vie.

Déso pas déso de me soigner avec des herbes et des tisanes mystiques. Déso pas déo de vouloir produire le moins de déchets possibles et d’être chiante avec ma gourde d’eau, ma cup, mes tupperware quand je vais au resto.

Ouais déso pas déso d’être quelqu’un de reloue. Je jure, je jure, je jure que je fais le maximum pour être le moins reloue possible. Mais parfois c’est pas facile. Tu me rends les choses pas facile. Et j’ai l’impression qu’il y a un mur de verre qui nous sépare. Pas profond, pas épais le mur de verre. Mais c’est de la putain de vitre teintée. En vrai. Je te vois. Je vois complètement ce que tu fais et pourquoi tu le fais parce qu’un jour avant j’ai fait pareil. Mais moi je suis derrière la vitre. Et je me fais chier. Je vis dans un monde génial plein de gens géniaux et de trucs cools. De grandes idées, de projets cools. Je vis dans un monde où la vie est limpide, claire, facile. Le seul truc chiant c’est toi derrière la vitre teintée. Toi pour qui j’ai mal. Toi qui piétines méticuleusement tous mes efforts à chaque fois que j’en fais. Toi contre qui j’essaye de ne pas m’énerver. Quand je dis piétiner mes efforts, je sais que tu ne fais pas exprès. Je sais que j’ai fait pareil. Je sais que j’ai été une climato-sceptique consumériste et que la vie m’allait très bien.

Et je ne veux pas te juger quand je dis tout ça. Je fais vraiment mon maximum pour ne pas te juger sinon j’y mettrai le feu. Clairement. A coup de torches et de harpons. Comme la chasse à la baleine. Tu es une baleine en fait. Énorme amas de chaire qui avale sans réfléchir une horde de plancton alors que la mer se vide. Et moi je suis à côté, sur un iceberg, sur une île de verdure et de phoques. Et je te regarde. Et je suis triste. Je suis putain de triste.

Je suis désolée de ressembler à une jeune bobo. Je suis vraiment, vraiment, vraiment désolée. Mais je crois que je ne changerai pas.

Parce qu’au fond, oui, moi ça me plaît ma vie. Ca me plaît de pouvoir parler de connexion, de spiritualité, d’essayer de trouver autre chose. D’être entourée de gens que j’aime. J’aime les gens. J’aimerai être amour universel. J’essaye même si c’est pas facile. On a jamais dit que ce serait facile. C’est juste là.

Ce texte a été écrit en écriture automatique #SansRienEffacer 

 

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