Ma tristesse. Ma solitude. Mon amour.

Je ne sais pas trop pourquoi j’écris. Si, en fait, je sais. J’ai décidé de reprendre l’écriture automatique parce que je trouve qu’elle a quelque chose de très vivifiant, épanouissant, stable. Calme. Apaisant. C’est un peu coucher ses pensées sur du papier sans réfléchir, sans appuyer sur la touche effacer. C’est écrire pour écrire, sans figures de style, sans procédé marketing, sans référencement SEO. Sans toutes ces contraintes absolument futiles et idiotes qui ne servent à rien. C’est laisser sa tête se pencher vers l’arrière et écrire au son d’un clavier qu’on connaît par cœur. Les yeux fermés. C’est laisser libre court à ses pensées sur du papier. Libres, folles, détachées.

Donc.

Je voulais me demander à moi-même : pourquoi suis-je sexuellement inapte en ce moment ?

Sexuellement inapte comme un galet oublié sur la plage bercé par le ressac. Mouillé et froid. Comme un bout de bois détaché d’un arbre qui pourri sous l’humus. Comme un morceau de sucre à moitié fondu dans un fond de café. Comme une tâche de bué sur le mur de la salle de bain. Inapte. Inutile. Pas assez à sa place. En lente décomposition.

La réponse est : je ne sais pas. Je ne sais pas pourquoi j’ai envie de pleurer mais je ne pleure pas. Je ne sais pas pourquoi j’évite les situations qui pourraient me faire pleurer et que je ne fais rien. Je ne sais pas pourquoi je suis coincée dans une sorte de léthargie étrange et pourtant palpable. Je ne sais pas.

J’ai l’impression d’être coincée au cœur d’un blizzard comme dans la chanson de Fauve. J’ai envie d’être belle comme une pin-up des années 20 en porte jarretelle et rouge à lèvres, comme aux cours d’effeuillage où tout est possible. Paillettes aux joues et regards francs quand on s’avance vers la glace, la démarche cadencée au rythme des talons. Troupeaux de louves libres. Fières. Et belles.

J’ai envie d’être dans un groupe d’amis cocons comme une meute de chiens élevés ensemble. J’ai envie d’être seins nues sans aucun reproches, j’ai envie qu’on fasse pipi ensemble dans des bois, j’ai envie qu’on s’endorme les uns sur les autres en bavant parce qu’on garde la bouche ouverte. J’ai envie de me réveiller la figure couverte de maquillage barbouillé dans les pulls trop grands qu’on emprunte. J’ai envie d’être juste chat, bébé animal, petite loutre, renard dans son terrier le nez blotti dans le poil d’autres renards. Sans gêne et chaste.

J’ai envie d’être belle et désirable. J’ai envie d’être confiante et aimée. J’ai envie de pouvoir m’avancer vers quelqu’un et jouer du regard, papillonner des yeux, rire haut perché. Faire tous ces gestes qui disent que tu es dispo et que tu as envie. Cet éclat de désir qui est lancé dans un œil un peu plissé le menton baissé par-dessus l’épaule. Cette réflexion profonde au détour d’une démarche, d’une façon de bouger, de se baisser de remonter, de laisser traîner un truc en le rattrapant.

J’ai envie de pleurer à chaque fois que j’essaye de t’imaginer trop près. J’ai envie de pleurer quand je pense à la moiteur de ta bouche sur la mienne. J’ai envie de pleurer quand je pense à tes mains sur mon corps, à ton souffle dans mon cou, à toi à ton odeur trop proche de mon nez, à ta force, à ta façon d’être, à ta silhouette, à ta chaleur qui irradierait un peu trop dans mon espace vital. J’ai envie de pleurer et de hurler et de dire stop. Et de me rouler en boule dans un coin et de tout arrêter. Respirer de façon saccadée la tête dans les genoux.

J’ai envie d’être aimée. Comme une reine. Mais pas trop. Un peu de loin. Un peu pas-pour-toujours peut-être. J’ai envie de caresser tes cheveux sur un drap en polaire. J’ai envie de voir les courbes de tes omoplates et l’échine de ton dos. J’ai envie de me rouler dans ton odeur habillée. J’ai envie de goûter un reste de chocolat sur tes lèvres. J’ai envie d’être allongée sur toi dans un canapé. J’ai envie d’être mutine en short à cuisiner un truc. J’ai envie d’être torse nue décomplexée. J’ai envie de t’écouter parler en continu comme un ronron de chat. J’ai envie de juste dormir contre toi et ne rien faire d’autre que dormir. Et d’écouter ton cœur. D’écouter ton souffle. D’avoir la possibilité de ne pas te toucher ou de me blottir contre toi. J’ai envie d’être libre.

J’ai envie d’être libre et qu’on me laisse aller où je veux. Je veux me laisser aller où je veux. Je veux m’accorder ce droit d’être là. De poser mes propres limites. De bâtir ma propre barrière. Ma maison. Mon chalet. Mon refuge. Mon endroit à moi. J’en ai marre de squatter chez les refuges des gens. J’en ai marre d’être accueillie. Je veux ma maison intérieure à moi. Des trucs qui m’appartiennent. Et mettre dehors tout ce qui ne me plaît pas. Te laisser sur le seuil. Fermer la porte. Même s’il pleut dehors et que tu es seul.

Il pleuvait dehors et j’étais seule. Il y avait de l’orage dehors et j’étais sous la pluie, dans la gadoue, jusqu’au cou. Nue. Sans abris. Seule. Et je cherchais un refuge, n’importe lequel à tout prix. Je suis restée parce que dehors il neigeait, il y avait du gel et j’étais toujours nue et sans défense.

Maintenant dehors il fait beau. Le mauvais temps est parti. J’ai le choix de bâtir ma propre maison. Je veux garder ce choix. C’est chez moi. Et toute seule pour le moment c’est très bien.

 

 

Ceci est un format de texte rédigé en écriture automatique. Depuis que j’ai commencé à m’intéresser à l’hypnose j’ai un peu repris cette pratique. Si vous êtes adepte de l’écriture, vous devez probablement connaître ses vertus cathartiques. Peut-être même que vous vous êtes déjà surpris à écrire quelque chose sans réfléchir et sans rien effacer en laissant venir des images, des parfums et des sons en une longue synesthésie. L’écriture automatique me fait toujours un peu cet effet là. Et en m’inspirant des textes tous beaux et tous poétiques écrit par Un Invincible Été, en voici un. Il vaut sans doute ce qu’il vaut et est un peu brouillon. Mais en le relisant je l’ai trouvé plein d’images profondes crues et vraies. 

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