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Se lancer dans l’hypnothérapie. Gamine, je lisais des bouquins de développement personnel et l’hypnose m’apparaissait comme un pouvoir magique qui aurait pu tout droit sortir d’Harry Potter. Plus de cinq ans plus tard, je suis en train de finir ma formation d’hypnothérapeute. Comment suis-je arrivée là ?

L’hypnose c’est facile

Je vais te déconstruire un mythe ou une idée reçue : tu n’as pas besoin d’avoir un « don » pour faire de l’hypnose. L’hypnose c’est facile. N’importe qui peut en faire. C’est même tellement simple que je ne comprends pas pourquoi on ne nous en parle pas plus souvent.

Dans mon école de management numérique, un gars a débarqué une année et il faisait de l’hypnose de scène le soir dans le bar après les cours. C’est la première fois que j’ai essayé de comprendre ce qu’il y avait derrière l’hypnose. Lire plein de livres. Essayer plein de choses. Et finalement, force est de constater qu’il ne faut pas beaucoup de temps pour apprendre à hypnotiser quelqu’un. En fait, tu as besoin de 3 choses :

  • Beaucoup, beaucoup de confiance en soi
  • Ne pas avoir peur de se tromper
  • Essayer encore. Et encore.

Et peut-être du charisme naturel, une capacité à être très à l’aise à l’oral et une grande force d’empathie et de persuasion. Mais rien de sorcier en soi.

Mais est-ce que l’hypnose ça marche vraiment ?

Oui. Les gars que tu voient sur scène qui te font croire que tu es un cheval ou que tu as oublié le chiffre sept existent. C’est facile. J’ai passé un petit temps à faire mes hypnoses préférées : figer des gens et les faire éclater de rire. J’ai tenté rapidement quelques amnésies sans pousser le jeu trop loin cependant. L’hypnose, une fois qu’on met un pied dedans, on a envie de tout essayer.

L’hypnose c’est dangereux

Je te le met là. Oui, l’hypnose c’est dangereux. Enfin, je te dirais que l’hypnose de scène est dangereuse. Parce qu’à la minute où la personne entre en transe et est sous hypnose, tu ne sais pas ce qui se passe. Tu n’as aucune info sur ses antécédents, tu ne sais pas ce qui se passe dans sa tête. Et tu l’amènes dans un monde. Parfois c’est marrant. Parfois, tu n’as vraiment pas envie de savoir ce qui se passent dans sa tête parce que ce n’est pas joyeux du tout. Et quand la personne panique sous hypnose, si tu ne sais pas comment gérer, tu ressembles à un marin qui essaye de ramener quelqu’un qui se débat d’une noyade. Ce n’est pas drôle. Pas drôle du tout.

Au Québec, l’hypnothérapie est règlementée. Il est illégal d’exercer certains types de régressions (aller creuser dans des souvenirs qui ont lieu pendant l’enfance, ou dans des événements traumatiques). C’est réservé aux psychologues. 

L’hypnose de rue, du coup, c’est quoi ?

En hypnothérapie, on prend le temps de connaître le sujet. On pose quelques questions sur les antécédents sociaux et médicaux, on refuse certaines personnes à risques – celles qui ont déjà eu des hallucinations par exemple-. On détermine clairement où on va et pourquoi on est là. On fait des tests pour savoir à quel type d’hypnose la personne est la plus réceptive pour pouvoir la ramener en cas de problème. C’est un peu comme mettre tous les filets de sécurité possible.

En hypnose de rue, on attrape quelqu’un dans la rue et on dit «  Hey. Ca te dirait pas d’essayer l’hypnose ? Détends-toi, de plus en plus, de mieux en mieux. » et pof. On la met sous hypnose et on s’amuse.

Non mais attend, il se passe quoi exactement quand on est sous hypnose ?

Doux raton, pour te la faire très courte : on est dans un état où on est réceptif à toutes sortes de suggestions. Un peu comme si ton self contrôle se mettait en veille pour un temps. L’hypnose, c’est le même état que celui que tu as quand tu marches dans la rue en rêvant et que sans savoir pourquoi tu es déjà devant chez toi.

C’est de la détente très profonde. C’est souvent agréable. Et moi, j’ai tendance à trouver ça drôle. Tu n’es pas vraiment endormi. Ni vraiment éveillé. Tu es entre les deux.

En hypnothérapie, on se sert de cet état pour te permettre d’aller vers ton objectif. Faire un sevrage, contrôler ta perception de la douleur, défaire des schémas comportementaux.

En hypnose de rue, on veut juste avoir du fun. On s’amuse.

Souvent quand les gens me disent  » Hypnotise-moi !  » je leur demande  » Pour faire quoi ? »

C’est, je pense, la chose qui me dérange le plus avec l’hypnose de rue. Le consentement. A aucun moment finalement on ne prend le temps de demander à la personne ce qu’elle veut faire exactement. Alors bien sûr, on ne fait rien de gênant. Lui demander de se déshabiller en public la ferait de toute façon très certainement sortir d’hypnose. Et personne ne s’est jamais plaint d’avoir un fou rire incontrôlable ou d’avoir les doigts collés ou d’avoir une amnésie partielle. Si ça ne dure que quelques minutes.

L’ennui c’est que parfois ça peut durer plus que quelques minutes

L’hypnose de rue est marrante et par convention éthique, personne ne va te demander d’aller gratouiller un trauma. Personne ne va te mettre sous hypnose de rue pour te dire que tu es dans un cimetière devant ta tombe. Ou pour te demander ce qui se passerait si on était en train de se faire manger par un requin. L’hypnose est une affaire d’imagination. Souvent, si ton imagination est suffisamment canalisée, il n’y a pas de raison qu’elle s’en aille divaguer toute seule vers des choses qui pourraient être désagréables.

Mais si tu es un peu sensible ou que des choses te tracassent, tu peux faire une abréaction.

J’ai vu et j’ai fais des abréactions. Ce n’est pas drôle. Du tout.

La première, c’est parce que j’ai fais croire à une inconnue que ses pieds étaient figés dans le sol. Ce qui est normalement censé être drôle. Sauf qu’elle, son médecin lui avait annoncé une future sclérose en plaque et qu’un jour peut-être elle ne pourrait plus jamais bouger et resterait paralysée à vie. Sous hypnose, elle s’est mise à pleurer de façon incontrôlable. Et moi je me sentais dans mes petits souliers. Elle est sortie de transe et elle pleurait encore. Et clairement, j’avais réveillé quelque chose de pas marrant et une émotion perturbante qui aurait dû rester où elle était.

La deuxième, c’est en cours d’hypnothérapie. Sous une hypnose banale. Je me suis retrouvée sans savoir comment à l’intérieur d’une carcasse de gnou en décomposition qui grouillait de verres. Et ça, ça a été de la panique.

C’est comme être pris dans un cauchemar en sachant que tu n’es pas endormi mais que tu n’es pas réveillé.

L’hypnose ressemble à un couteau. Avec, tu peux tailler des petites figurines de bois. Ou opérer quelqu’un à coeur ouvert. C’est le même couteau. Ce ne sont juste pas les mêmes compétences.

Faire de l’hypnose de rue ? Pourquoi pas. Sur des amis. De la famille. Des gens proches. Et sans tester des nouveaux trucs trouvés dans de vieux bouquins obscures pour voir  » Comment ça serait dans la vraie vie ? ». Parce que la vraie vie c’est des vrais gens, avec de vrais passés et de vraies réactions.

A l’école, on nous a interdit de faire de l’hypnose sur des personnes ayant déjà eu des hallucinations. Tout simplement parce que les risques de voir se développer des schizophrénies sont beaucoup plus élevés. Je dirai que l’hypnose peut avoir une incidence sur tout un tas de maladies mentales pas jolies du tout. Et que dans le doute : mieux vaut ne pas s’amuser avec.

Se faire hypnotiser oui. Pas dans la rue. Pas pour le fun. Pas « pour voir ».

Moi c’est avec cette réflexion que j’ai arrêté l’hypnose de rue pour me lancer dans l’hypnothérapie.

Ce genre de contenu t’intéresse doux raton ? Si oui, dis moi donc ce que tu en penses. Je vais probablement écrire une série d’articles sur l’hypnose.

 

 

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