J’ai envie d’écrire. Et peut-être que ça inspirera quelqu’un.

C’est ce que je me suis dit en m’asseyant à la table de mon bureau/cuisine, ordinateur sorti. La fenêtre est ouverte. J’ai une robe d’été.

Au sol, mon panier de légumes et les aromates que je viens de ramener de l’AMAP. Il y a des effluves de lavande, de romarin. De chocolat aussi. Je suis rentrée à la volée, épuisée, et fatiguée. Et j’ai mangé les derniers cookies mis à refroidir sur la plaque de mon four avant mon départ. A entendre mes dents crisser contre leur texture trop croquante et le goût du sucre, je me me suis dit « De quoi as-tu besoin ? Que veux-tu dire ? »

J’ai envie d’écrire. Et peut-être que ça inspirera quelqu’un.

C’est toujours un drôle de moment quand je choisis d’écrire ici plutôt que dans mon journal. Parfois, j’oublie que ce blog est lu et je m’en rends compte, des semaines plus tard, lorsqu’on vient y poser un commentaire. Etaler sa vie à l’internet. Alors c’est ça être une grande personne ?

Je ne sais pas.

Je suis perdue.

En ce moment, dans ma vie, il se passe des choses étranges.

Je me sens devenir une petite jeune femme. En robe d’été, dans mon appartement neuf, mon assurance toute fraîche et mon look affirmée. Je me sens plus confiante, moins enfant. Comme l’après-printemps. Je me sens été. Il y a d’autres choses qui viennent s’y ajouter. La fin des études, la fin de ce master que j’ai traîné pendant 5 années et que j’ai cru ne jamais voir s’arrêter. En première et en deuxième année, je comptais désespérément les jours à la recherche d’une fin toujours trop loin. En troisième année, je pleurais d’amertume et de chagrin. Je ne voulais pas partir. Je me souviens que je ne voulais pas aller en Australie. Ni au Québec. Je me sentais printemps. A faire la fête tous les weekends dans ma petite bande de copains, le vin, les garages, l’électro et l’acide. Je pleurais à l’idée de laisser tout ça pour aller vers l’ailleurs. En quatrième année, de retour en France, je regardais nostalgique les aéroports et l’envie de s’enfuir. Et me voici en cinquième année. Je suis paniquée. Paniquée à l’idée que tout s’arrête.

Je ne veux pas partir.

Comme un oiseau qu’on chasse du nid et qui a peur de ne pas savoir prendre son envol. J’ai peur. Je souris à moi-même devant cette peur pourtant bien réelle, logée au creux de mon ventre. J’ai attendu cela depuis si longtemps. Mais à quelques mois de remettre mon mémoire et d’être diplômée pour de bon, j’ai peur. Je ne veux pas.

Derrière, il y a le vide.

Le grand inconnu.

Que fais-tu l’année prochaine Cléa ? Je ne sais pas. Il y a quelques mois encore, par bravade je t’aurais répondu « Tout pareil, la freelance vie, la meilleure vie. » Puis le confinement. Puis l’évolution. L’incertitude. Le creux au coeur. L’angoisse, un peu.

Je veux devenir sage-femme.

La réalité s’est imposée à moi comme un très gros caillou. Un menhir. Un dolmen. Une table de la loi sur ma route. Un truc énorme que même si tu essayes de tourner la tête, tu es obligé de le voir.

Oh. J’en suis passée par des phases. Des phases qui ne servent à rien. Du « c’est ridicule » au « doula ça ne te suffit pas » ? La peur de manquer d’argent. La peur de ne pas réussir à rembourser mon prêt étudiant. La peur de replonger encore dans 4 ans d’études. La peur d’être dégoutée de l’hôpital. Et au fond, au fond du fond du ventre le « MAIS OUI C’EST CA » qui hurle en continue dans ma tête et qui me fait monter les larmes aux yeux à chaque fois que j’y pense trop fort.

Ca fait mal de trouver son chemin de vie. C’est tellement éblouissant qu’on ne sait pas regarder ailleurs. On donne l’impression d’être vaguement fou à bifurquer tout de go comme ça.

Mon père m’a dit « Tu voles la place de quelqu’un d’autre. » Ma mère m’a dit « Tu as déjà pris ta décision au fond, non ? » Mon amoureux m’a dit « Oui, ça fait sens et c’est évident. Mais ce sera dur. Tu pourrais faire ça plus tard aussi, vers 40 ans ? »

Et moi ?

Moi je ne dis rien. J’avance juste.

Alors voilà ce qui se passe. Bon grès, mal grès, je ne sais pas du tout ce que je fais l’an prochain. Je sais juste qu’en Mars je pose mon dossier de candidature pour les admissions parallèles en sage-femme. Et pour le reste, le monde peut bien s’écrouler.

Alors j’avance. Puisque sur ce chemin, il est impossible de reculer et mettre les choses en pause ne sers à rien. Je ne sais pas où je vais. J’ai retroussé mes manches et j’ai écris sur un bout de papier toutes les vies alternatives possibles. Puis j’ai laissé l’univers faire le reste.

Et tu ne vas pas croire tout ce que l’univers a apporté comme pistes. Un poste de gérante d’un écolieu végane à la campagne. Un nouveau cabinet d’hypnothérapie dans un centre de praticiens huppé. Le début d’un bon petit revenu régulier en tant qu’Instagrameuse.

Je ne comprends pas ce qui se passe.

Bien sûr que j’aimerai sécuriser cette affaire. Avoir un poste de consultante en agence de conseil parisienne branchée. Ou des missions freelances vraiment chouettes et retrouver mon salaire à 3K par mois qui s’est évanoui depuis le Covid. Bien sûr, je ne comprends pas du tout quoi faire du cabinet d’hypno, s’il faut partir vivre à la campagne et quitter Paris et je ne comprends rien du tout à toutes les opportunités que m’amènent Instagram. Bien sûr j’ai peur. Je vois flou. J’ai l’impression de nager sans voir le large. J’ai peur.

Mais je sais qu’il se passe quelque chose. Et quand je regarde ma vie, je me dis qu’elle est dingue quand même. Juste dingue.

Musique d’accompagnement : The Old Man, Yom

Share: