Je l’ai lu. Je l’ai lu encore, puis je l’ai laissée de côté. Cette nouvelle prévue et imprévue. Surréaliste et bien tangible. Ecrite noire sur blanc, comme un petit bout d’avenir.

J’ai gardé la nouvelle pour moi et je n’en ai parlé à personne. L’impression de détenir un secret plus gros que soi, qui pourrait exploser à l’intérieur de vos côtes. Avec émotion, je suis restée allongée sur mon lit et j’ai attendu. J’ai peut-être attendu la fin du monde. La fin du monde connu en tout cas. La fin des certitudes. La fin de l’enfance, un peu. J’ai attendu quelque chose, je ne sais pas. D’intégrer tout doucement ce nouvel état. D’en faire quelque chose, oui mais quoi ?

J’aurai voulu que le temps s’arrête et qu’il grave à jamais ce que j’avais pensé.

Ce mélange un peu terne et flou de peur, de douceur, de larmes de bonheur. Ce mélange qui hurle à la fois « Tu ne seras jamais prête » et « Fonce. Fonce. Fonce, tu es là pour ça. »

Puis la vie a repris son cours. Doucement. Parce que les heures ne s’arrêtent pas, quand bien même on voudrait les retenir du bout des ongles. Parce qu’il faut s’habiller, passer des vêtements, sourire à la glace et sortir. Parce qu’il faut marcher dans les rues au milieu de cette foule de gens, cette foule de gens qui ne sait pas. Puisque j’ai gardé la nouvelle pour moi. Et plus je marche, plus j’ai l’envie de le hurler à la terre entière. Et en même temps de la garder précieuse, si fine, si fragile à l’intérieur de moi.

Il faut prendre le métro et être entouré de ces centaines d’inconnus avec leurs vies à eux.

Est-ce qu’eux aussi ont des nouvelles qu’ils gardent pour eux ? Untel écrit quelque chose sur son téléphone, une autre a le regard doux rêveur accolée à la vitre. Que se passe-t-il dans les vies qu’on ne dit pas et qu’on garde pour soi ?

J’ai été voir ma mère. On a parlé de tout. De rien. Pas de ça. Puisque je garde la nouvelle pour moi. Se dire que ce n’est pas le bon moment, que le bon moment viendra plus tard, s’il viendra. De toute façon, ce genre de nouvelle, on ne peut pas le garder indéfiniment en soi.

Et quand on marche dans la rue, les pas n’ont plus exactement le même sens.

Ils vous mènent malgré vous vers un univers autre. Un univers où il faut se souvenir de ne rien lâcher jamais, d’y croire toujours. Un univers où l’âge et l’expérience n’ont aucune importance que la douceur de la vie. Magique et inquiétant. Doux, beau et puissant.

Je ne suis pas enceinte mais je porte un projet. J’ai enfin été admise en formation de doula, au centre Galanthis. Et dieu sait si j’en avais envie. Dieu sait si j’ai pleuré.

Doula, ça a été un vrai challenge d’oser prononcer ce mot la tête haute.

D’oser fouiller dans les recoins de son âme pour y trouver ce qui fait du sens. De ne pas écouter les incertitudes, l’âge, le manque d’expérience. De dire « Je veux ça. Je veux ça et ça sera possible. » même quand rien ne fait le possible.

Ca a été essuyer les échecs. Du premier refus de candidature à l’Institut des Doulas de France, aux assos sur le soutien au deuil périnatal qui te rappellent que « Doula c’est pas un vrai métier mademoiselle, pourquoi vous ne seriez pas plus raisonnable. Devenez puéricultrice par exemple si vous aimez les petits. » et les  » Vous aurez un bébé à vous, ça vous passera. »  » Si vraiment vous voulez servir à quelque chose, devenez sage-femme. » et ces petits pics au coeur. Les nuits à prendre l’apéro en maison de naissance et les « Et toi tes enfants, ils ont quel âge ? Ah. Tu n’as pas d’enfants ? Mais… » Mais que fais-tu là.

Que fais-tu là Cléa ?

Je ne sais pas. Je sais juste que je dois être là. Et ça hurle dans chaque parcelle de mon corps. Ca hurle si fort que je n’en peux plus. Vraiment je n’en peux plus.

Alors oui, postuler à Galanthis, ça faisait peur. Parce que Lyon ce n’est pas Paris,  et c’est loin. Parce que la logistique. Parce que l’investissement en temps. Et en argent. Parce que la peur de se donner du mal pour rien et de ne jamais réussir à rien faire de ces connaissances. Puis merde. J’ai envoyé mon dossier avec le coeur qui bat la chamade. Et j’ai attendu.

Cléa. Doula. Ca fait du sens au fond.

J’ai reçu une lettre de mon moi du passé au futur. Il y a un an, jour pour jour, je me demandais déjà.

« Est ce que tu es heureuse ? Regarde autour de toi de façon objective. Demande-toi qui sont les gens qui t’entourent et les projets que tu fais. Est-ce que c’est ok ? Est-ce que ça vaut la peine ? Est-ce que c’est inspirant ?

 

Est-ce qu’avec le blog tu es invitée à plein d’évènements cools ? Est-ce que tu rencontres des gens ? Tu as une chaîne Youtube ? Un podcast ? Une chronique à la radio ? Est-ce que tu as ajouté bloggueuse sur ton CV ?

Est-ce que tu aimes toujours autant les ratons laveurs ?

Est-ce que tu as toujours ton cabinet d’hypnothérapie ? Est-ce que tu as fait ta formation de doula ? »

Presque, presque, presque. Tout est possible. Et ça fait du bien, de garder des nouvelles pour soi.

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