Allez. Je ne sais pas ce qui s’est passé. Il était un peu tard. J’étais un peu crevée. Et puis, dans mon feed Insta j’ai vu une publication qui disait  » Mon premier bilan de rédactrice web » où une petite nana racontait qu’elle était heureuse d’avoir fait 200 balles pour son premier mois en tant que freelance. J’ai souris. Je me suis revue il y a cinq ans. Et je me suis dit que j’allais te faire un article.

On ne parle pas assez d’argent, c’est un fait. On tait combien on gagne. On l’enterre, on ne veut pas en entendre parler. MAIS ça fait du bien. Une part de moi est persuadée que si on se disait plus souvent les chiffres qu’on a, la vie serait plus simple, plus limpide, le rapport à l’argent serait plus décomplexé. J’ai eu tendance à être un petit écureuil stressé par l’argent et je me défais de cette image le plus possible. Dire combien je gagne, c’est ça aussi.

Prendre l’argent qui va, qui vient, comme la marée. Faire le compte.

Je suis consultante en storytelling.

Quand je dis ça, personne ne comprends. Et moi non plus à vrai dire, je ne comprends pas bien * rires*. En fait, je raconte des histoires. Pour des entreprises. J’écris des articles. Je papote. Je pense stratégie. Et ça marche. Ca va faire cinq ans que j’ai lancé mon petit business en parallèle de mes études. J’ai fais un Master en management numérique. Pas mal de stages en brand management. Et je suis assez fière de pouvoir dire que « mon boulot c’est écrire des jolies histoires pour vendre des trucs et souvent c’est cool. »

Je suis payée pour écrire, un peu comme une écrivaine pas complètement au top mais presque – un jour, je me ferai confiance pour de vrai et je publierai mon roman-. En attendant, gagne ma vie dans le marketing. Si tu veux, tu peux trouver mon profil sur Malt.

Mes revenus de freelance du mois

Enfin. Fin mars, début avril. Il y a eu le confinement. Il y a eu l’incompréhension totale. Il y a eu des couacs. Bref, bref, bref. Moult machins. Ma tréso tiens la route. Je te dis tout doux raton.

  • 1300 euros – pour une mission de storytelling qui a traîné sur plusieurs mois. En gros, je bossais avec une UI designer qui a mis du temps à rendre les maquettes. Et un client qui a mis du temps à valider des points étapes. Et j’ai cru que cette mission ne se finirait jamais. Mais elle est terminée. Et au bout de quatre mois j’ai pu encaisser mon chèque qui était l’équivalent de 4 jours de travail. (oué quand tu as 4 jours de taff qui trainent sur 4 mois, c’est un poil relou).
  • 500 euros – alors ça c’est ma p’tite mission de consulting chez Hermès. Elle me rapporte tous les mois la même chose. Elle est très chouette et chill. Dans ma petite team on fait de l’UX Research à hauteur d’un jour par semaine. J’ai conscience d’être payée une misère au lance-pierre par rapport au travail fourni. Mais c’est un univers chillax, motivant, à mille lieux de mon univers. J’aime beaucoup. Ca me fait voyager dans ma tête quand j’ai des gens qui me disent « Tu sais si je paye un cadeau moins que 1000 euros, ça fait quand même un truc de pauvre ». Ca me fait relativiser sur ma vie. Je me dis que je suis pas mal.
  • 400 euros – pour rédiger un article de 4000 mots avec une optimisation SEO. Ouais alors je te l’écris ici parce que du coup, ça me fous des larmiches à l’oeil quand je vois des rédacteurs web qui se font payer au lance-pierre. En vrai ça m’agace. Parce que moi aussi j’ai été à une époque une rédactrice web payée au lance-pierre. Jusqu’à ce que je rencontre des gens motivants qui me disent « monte tes prix STP. Ton travail a de la valeur. » Voilà. Voilà comment tu factures 400 balles un article. Oui c’est du temps, c’est des recherches, c’est du boulot hein. Je te dis pas que je suis juste devant mon ordi à dégobiller du verbe. Mais c’est quand même agréable d’être payé à hauteur de ton travail si tu aimes écrire.
  • 100 euros – un petit article de 1000 mots sur le bien-être au travail. C’est doux à faire, comme un doudou. C’est une mission récurrente qui fait du bien avec une équipe chouette toujours positive dans les mails qu’ils envoient. Ca me fait plaisir de bosser pour eux c’est chouette.
  • 300 euros – une stratégie de contrat de producteurs. Alors j’ai dû fouiller dans mes connaissances de droit social. Et écrire une trame de contrat pour un client « qui veut que ce soit toi qui fasse parce qu’il te connaît ». C’est le genre de mission qui fait sortir de la zone de confort et qui fait aller plus loin.
  • 900 euros – en stand bye. On essaye de régler un litige client avec mon agent. (allô, bonjour, oui j’ai eu un client relou ce mois-ci. Oui c’était chiant). Tu sais la bonne vieille histoire du client qui veut pas payer mais tu as déjà fait la moitié du taff et les fonds sont placés sur un compte séquestre. Alors on débat, on négocie, on laisse le truc crever et on attend une fin. Je ne sais pas combien je toucherai sur cet argent. Il est évanescent (mais si j’en touche une somme, je me paye une sacrée aprem dans un SPA en compensation de tous les maux de crâne que m’a donnée cette affaire). EDIT : et bien après des semaines de bras de fer, j’ai cédé. J’ai eu la flemme totale de continuer à me prendre le crâne sur cette histoire et j’ai accepté la proposition ridicule du client de ne payer qu’un dixième du devis. (je suis par contre fière de moi, parce que je l’ai utilisé pour un achat coupable en investissant dans de la lingerie fine de créateur. Tu sais, quand tu dis balec à la business vie et que tu te fais du bien, juste pour toi. Voilà.)

J’ai déjà signé pour Mai :

  • 400 euros – pour écrire des résumés ludiques et intuitifs pour des oeuvres de philosophie au programme de prépa scientifique. My dream came true. Je suis payée pour faire mes anciens exos de prépa. Ce monde n’a décidément aucun sens. Je suis contente de commencer cette mission.

Mes revenus d’Instagrameuse du mois

Juste le fait d’écrire Instagrameuse me fait m’étouffer derrière mon PC. Je ne comprends pas d’où vient cet argent. Je ne comprends pas ce qui s’est passé. Je ne comprends rien à part que j’aime beaucoup papoter sur les internets et que ça rapporte bizarrement de l’argent. Toi qui lis ces mots : l’argent est partout. Je répète : partout. Partout où tu veux bien le voir. Tu es capable, tout comme moi.

  • 400 euros – de coaching Instagram. Alors oui, non, je ne comprends rien. Mais alors rien du tout à ce qui se passe. J’aime Instagram. J’aime donner des conseils sur Instagram. Les gens aiment me payer pour recevoir des conseils sur Instagram. Je sais ça a l’air fou (ça l’est). Je ne comprends rien à ce qui se passe. Mais c’est là. Pof. De l’argent comme ça à partir de rien. Cette boule au coeur que tu reçois quand tu fais de l’argent avec ta passion.
  • 200 euros – de sessions d’apprentissage de l’auto-hypnose. Oh yay. Le cabinet d’hypno est fermé jusqu’à nouvel ordre avec le confinement – et ça me fait chier. Soyons honnêtes. Du coup je me suis pris mon courage à deux mains et j’ai lancé des sessions d’apprentissage de l’auto-hypnose en ligne. J’ai dis « tarif sur donation consciente » et là non plus je n’ai rien compris.

C’est la première fois en trois ans que mon blog me rapporte autant d’argent d’un coup. Je ne voulais pas croire ces gens qui disent « Lalala, regarde toute la thune qu’on peut se faire avec les internets ». Mais en fait, je crois qu’ils ont raison. Il suffit d’oser. Mais ça a l’air tellement gros que ça semble indécent. Alors souvent on n’ose pas.

 

Ce que je finance avec toute cette thune

Bon. On pourrait croire que c’est beaucoup d’argent. Mais en fait non. Hein. Il y a les taxes qui en prennent une bonne partie, déjà. La mutuelle, les assurances, la vie d’adulte. Ensuite, j’ai la chance (hum) de vivre dans un magnifique studio parisien qui me coûte un rein en loyer. Une idée folle de faire des économies pour ouvrir une maison de naissance (si tu me suis sur Instagram, tu sais que chaque centime ou presque va à la doula-vie) et un bon petit prêt étudiant à rembourser sagement. Bref.

Et si vraiment j’avais envie d’étaler mes soucis de grosse privilégiée (je te vois venir, merci. Non merci.) je te dirai que j’ai envie de me payer un billet d’avion pour le Mexique et de partir à la rencontre des sages-femmes traditionnelles. Que je veux passer mon diplôme de prof de yin yoga en Inde et que ça coûte (très) cher. Que ma formation de doula coûte beaucoup et ne rapportera probablement jamais autant que l’investissement qu’elle représente. Que j’ai les frais du loyer du cabinet d’hypno et de Médoucine qui partent dans le vent avec le confinement. Que je veux des lunettes de soleil stylées, du maquillage, des petites sandales et un maillot de bain éthiques pour l’été et que de tête ça fait un petit budget où chaque pièce vaut 100 balles. Bref.

On est jamais heureux avec l’argent qu’on a.

Sauf quand on décide d’en parler et de dire que c’est ok, qu’on est libéré et qu’on s’en bas les reins. C’est ok. Je suis libérée. Et je m’en bas les reins. Ca va aller.

Parfois moi aussi j’ai des angoisses la nuit. Je me dis que c’est ridicule, que je devrai aller accepter un CDI dans je ne sais pas quelle grosse boîte et être triste et malheureuse à la cantine. Parfois je me dis que je vais jamais réussir à rembourser mon prêt étudiant, que c’est pas sérieux cette histoire de maison de naissance, que je suis quand même une looseuse et que je gagne pas assez. Parfois je me dis que j’ai envie de m’acheter un p’tit pull et du rouge à lèvres pour 200 balles mais que c’est pas raisonnable. Puis j’entends une copine galérer avec son RSA et je me la boucle. Parce que je suis pas à plaindre. Mais en vrai : personne, personne n’est complètement serein avec son argent.

M. Raton est rentier, il a X placements immobiliers et il dépense dix fois plus que moi par mois. Il me met super mal à l’aise quand je me vois en train de compter dans ma tête et me dire que « Bah non, je préfères marcher plutôt que prendre un taxi là ». Et pourtant, lui aussi parfois il a des soucis de thune. Le jour où j’ai réalisé ça, ça m’a fait du bien. Lui aussi ça le fait chier les rdv avec le notaire, l’agence immobilière blablabla. Il se dit qu’il aimerait avoir plus d’argent, plus de biens.

Bref. Avec ma bébé vie de bébé étudiante stressée de la thune, je regarde et je ne comprends pas. Sauf qu’il n’y a rien à comprendre. L’argent a l’importance qu’on lui accorde. Point.

J’ai déjà vécu sans argent.

j’ai déjà erré à travers l’Europe parce que je n’avais pas de quoi payé un loyer. J’ai déjà travaillé en échange du gîte et du couvert. J’ai aussi déjà fait du travail du sexe dans mes jeunes années d’étudiante pauvre et paumée. J’ai déjà vécu sans rien du tout. Et ça se fait. Et à vrai dire je ne sais pas si j’étais plus ou moins heureuse que maintenant.

Mes angoisses monétaires n’ont aucun sens. Parce que quoiqu’il arrive, il y a toujours des solutions. Voilà. J’étale mes finances et j’espère que ça va te rassurer. Ton rapport à l’argent est sain. Ultra sain. Arrête de le juger.

(oh Lord, tu sais les ovaires que ça demande de mettre ses finances sur la table comme ça. Si tu veux écrire un commentaire désagréable, fais comme ta maman t’as dit et tourne sept fois ta langue dans ta bouche avant de parler. Sinon je te lance un sort vaudou sur les internets. Nah.)

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