Il est des nuits trop chaudes où on ne sait pas dormir.

Cette nuit ressemble peut-être à l’une de celles là. Quand il est 22h mais que l’air est encore tiède aux fenêtres. La nuit sent la chaleur. C’est les nuits de fêtes qui devraient se vivre en robettes à flâner le long des quais. Mais on est confinés. Alors j’écris ici.

J’écris ici sans bien savoir quoi dire au fond. J’écris pour le plaisir d’écrire. Une lectrice du blog m’a dit que cela lui faisait plaisir de me voir écrire plus souvent des articles. Au fond, moi aussi cela me fait du bien. Dépoussiérer le blog comme on dépoussière une chambre d’adolescent.

Les nuits chaudes d’été ne sentent pas Paris.

Dans mes souvenirs, elles sentent Melbourne. Les grandes routes qui mènent à St Kilda Road et les dix kilomètres à vélo qui la sépare du RMIT où j’ai fais mes études. Ca sent les combishorts, les sacs à dos, les oppossums croisés dans les parcs à la tombée du jour. La musique aux oreilles. Le casque doré. Les paysages hors du monde.

Les nuits chaudes d’été sentent Montréal. Les calls de 22h qui disent « Viens-tu voir les étoiles ? ». Le vélo, presque le même mais différent. Le casque. Les arrêts au tabac pour acheter une bière. Se poser dans des parcs. S’allonger dans l’herbe. Flâner. Rêver. S’émouracher un peu peut-être. Etre jeunes adultes ou adolescents à regarder le ciel et se demander où commence l’amitié, où meurt le désir.

Les nuits chaudes d’été sentent l’île de Catba et ses moustiques. Ses matelas trop vieux, l’air moite, à même le parquet décrépi. Et les moustiquaires dans lesquelles s’enrouler. En haut des toits.

Les nuits chaudes d’été sentent Cikananga et les petits bruissements de la jungle épaisse. Les dortoirs de bois. La pluie qui tombera, d’un instant à l’autre. L’odeur de la boue et de la terre.

Les nuits chaudes d’été sentent les aperitivo qui ne finissent jamais et les roulis des vagues qui lèchent la jetée du port de Lampedusa.

Les nuits chaudes d’été ne sentent pas Paris. C’est comme ça.

C’est la première fois je crois que j’ai autant de temps libre à Paris alors qu’il y fait beau. Paris chérie, j’ai beaucoup trop écrit sur ma relation d’haine-amour. Ton banal quotidien, ton absence de goût du risque, tes effluves adolescentes. Paris, tu es ma ville doudou dans laquelle je ne me suis jamais sentie parisienne. Je te connais comme on connaît une terre conquise. Sans plus la voir. Paris je déteste vivre chez toi. Mais j’y suis par habitude.

Je ne sais plus ce que je voulais écrire.

Ce confinement est long. Lent. Comme une nuit d’été qui ne finira jamais. J’ai l’impression d’être retombée en adolescence. Les vacances d’été passées à la maison, sans partir et sans sortir. Je ne sais plus quoi toucher du doigt ni quoi atteindre. Je me suis simplement laissée tomber.

Peut-être qu’au fond, je veux écrire juste pour dire que j’ai réalisé que tout était dans ma tête. L’image de ce que je veux être n’est au fond que dans ma tête. Elle se projette sur le monde à chaque clignement d’oeil.

Souvent, je ne me sens pas assez ceci, pas suffisamment cela.

A la frontière entre l’âge adulte et l’adolescence. Un peu perdue dans mes relations. Dans mes positionnements. Equilibriste coincée ici et maintenant et ailleurs là-bas.

Je me suis rendue compte que je pouvais aussi décider de vivre mes nuits chaudes d’été ici comme à l’étranger. Rien n’y change. Sauf moi.

Parce que c’est plus simple d’avoir l’impression de recommencer à zéro sur une toile vierge. Mais au fond, tout au fond, tu ne recommences jamais à zéro. Tu es la même personne. Le super-pouvoir consiste peut-être à rester la même personne et oser se dévoiler sans faire peur à ceux qui t’avaient mis dans une petite case. Elle est étroite cette case, inconfortable. Plus simple, certes. Au fond, on veut peut-être tous tout ranger dans des cases. Mais cela ne fonctionne pas.

Il y aura toujours des aléas.

Ca fait se sentir soudain plus libre de se dire qu’on pourrait oser être soi dans sa légende personnelle. Et ne plus se soucier de savoir comment les autres en liront les pages. Tu écris ton histoire après tout.

Aujourd’hui, j’ai fais une séance avec une sexothérapeute. Pour toucher du doigt des traumas. J’ai encore mal à la tête et les yeux qui piquent. Je suis fatiguée sans avoir besoin de dormir. Dans ma tête, les réalités se redessinent. Et j’ai envie de me dire que tout est possible.

Lucide. Extra-lucide. Les chaudes nuits d’été pourraient ne jamais cesser.

Je ne sais pas si tu les ressens aussi doux raton. Je t’envoie des bisous doux. Dans tous les cas.

Article écrit après avoir vu le film Tous nos jours parfaits. Pile assez niais pour s’évader. Pile assez intense pour sentir le vrai.

Sexothérapeute, Camille Picazo spécialisée en abus sexuel. Je ne peux que te la recommander.

 

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