“Permission de parler ?”

C’est une phrase qui me fait sourire et qui n’a pourtant pas toujours été simple. Permission de parler.

Pourquoi demander la permission de parler ?

Quand est-ce qu’on demande une permission de parler ? Souvent on parle. On parle, on parle, on parle. On vomit des litres de paroles qui nous appartiennent. Et on ne ménage pas la personne en face qui va les recevoir. On parle parce qu’on a des choses sur le coeur. On parle parce qu’on veut s’exprimer. On parle comme on refile une casserole d’eau chaude à quelqu’un parce qu’on veut s’en débarrasser.

Le “permission de parler” a trouvé sa place dans notre couple.

Quand on sait qu’on a des choses importantes à dire et qu’elles peuvent être mal perçues. Qu’on veut crever des abcès, libérer des tensions, qu’on a besoin de parler vrai. Parler cru, parler franc. Parler sans masque. Sans prendre le temps de l’enrober dans de la douceur mielleuse qui fait qu’au fond on ne dit pas les choses qu’on voulaient vraiment.

Permission de parler ça veut dire : je t’aime. J’ai quelque chose d’important à dire. Il faut qu’on parle. Es-tu prêt.e à le recevoir ?

La magie du permission de parler, c’est qu’on peut dire non. Non. Je n’ai pas envie de recevoir ce que tu vas dire. Je ne suis pas en l’état, je n’ai pas l’énergie nécessaire. Je note qu’il y a cette conversation à avoir mais je préfères te dire “Je ne suis émotionnellement pas capable d’entendre ce que tu as à dire maintenant.”

Et on la met dans une boîte. Mais au moins on sait qu’il y a une chose à sortir. Et qu’il vaut mieux la sortir vite avant qu’elle ne devienne un problème. On est pas là pour faire l’autruche quoi.

Permission de parler ça veut aussi dire CNV.

Le jour où j’ai amené la communication non violente dans mon couple, une porte s’est ouverte. Une porte dans laquelle j’étais obligée de prendre le temps de trier mes émotions et de faire des demandes claires et explicites sur mes désirs. Parce que parfois, tu attends que la situation soit vraiment ingérable, puis tu vomis des litanies de détresse. Et tu laisses ton partenaires comme ça. Tombé des nus. Perdu. Et tu attends qu’il ramasse ton vomis.

En CNV, exprimer un besoin m’a forcé à me reconnecter à moi-même et comprendre quelles étaient les choses qui étaient vraiment importantes à mes yeux. Parfois, mes besoins sont ridicules “Est-ce que tu peux manger du foie gras si tu en as envie au Nouvel an chez mes potes mais ne pas en ramener personnellement en notre nom ? ” d’autres fois, ils touchent à des choses difficiles. “ Est-ce que tu peux me laisser l’espace de prendre plus d’initiatives pendant nos relations sensuelles, en ne faisant rien pendant plusieurs minutes ?”

WHAT IS THE CNV ?

Communication Non Violente pour les intimes. La communication non violente est une technique de communication mise en place pour désamorcer les conflits qui pourraient être du à un manque de compréhension de l’émetteur et du récepteur. Je ne peux que recommander le très bon livre Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) de Marshall Rosenberg. 

S’exprimer. S’exprimer. S’exprimer encore.

Parfois on tombe sur des bouts de granit. Au cours d’une conversation, les mots ne sortent plus et sont refoulés par les émotions. C’est les moments où on dit “ J’ai peur.” ou “J’ai mal.” ou “Je ne comprends pas ce que je ressens.”

C’est les moments où on est vulnérables. Oser s’exprimer, s’exprimer pour de vrai, s’exprimer pour être entendu c’est prendre le risque d’être fragile. Ca demande de la confiance. Confiance en soi et confiance en l’autre. Confiance en sa capacité de recevoir ce qu’on va dire sans se braquer, sans attendre des réponses toutes faites.

C’est relever ses manches et aller creuser en profondeur. Prendre le volant d’une voiture sur une route de campagne, même sans savoir où elle va mener.

C’est fucking effrayant.

Mais c’est beau. C’est comme ça qu’on crée du lien, qu’on vit une relation harmonieuse. Qu’on met des efforts.

Un couple, c’est des efforts.

C’est deux personnes différentes qui décident de former un univers commun. Sans jamais s’oublier à l’intérieur. Mais sans pour autant le négliger. C’est beaucoup de travail, c’est beaucoup de temps. C’est beaucoup de communication.

Alors je leurs dis merci aux “Permissions de parler” qui débloquent les problèmes les plus difficiles. Qui savent accueillir les larmes et les incertitudes, les sentiments brouillons et les angoisses. Je leur dis merci car grâce à elle, on devient plus forts. On devient une équipe. Un lien unique et précieux.

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