Vie d’enfant zèbre hypersensible.

Quand la lumière s’est éteinte. J’ai sentie ton étreinte. Pour moi c’était entendu, tu n’étais pas à l’aise non plus.

Va savoir pourquoi, j’ai cette chanson en tête. C’est une chanson d’un vieux groupe qui s’appelle The Pirouettes. J’avais commencé à l’écouter avec Dernier métro, à l’époque des soirées qui se finissaient en cavale pour ne pas payer des Uber. Puis j’avais traîné toute ma rupture australienne sur « Oublie-moi », écouté en boucle.

J’avais oublié « Briller comme des étoiles » je crois. Jusqu’à hier matin. En allant courir, je suis retombée dessus au hasard de mon mode écoute aléatoire.

Et cette nuit, alors que je ne sais pas dormir, je l’ai dans la tête.

Je suis dans une chambre rouge avec de la moquette au sol et du mur en bois. Je viens de prendre une douche avec une eau trop calcaire dans une salle de bain trop propre. Les salles de bain des locations de vacances. La serviette de toilette était rêche. Nous sommes dans un gîte à la campagne.

C’est OK.

C’est le premier jour de mon stage de danse. Je suis fatiguée, émotionnellement et physiquement. Et je ne sais pas, il y a eu ce moment de décalage lors du dîner. Où j’avais juste envie de m’enfuir. De quitter la table et les conversations qui ne m’intéressaient pas. De faire l’enfant sauvage.

Le spectacle venait de commencer, on allait pouvoir s’éclipser.

Aller chiller près du buffet, que l’alcool nous fasse plus d’effet.

C’est dur tu sais.

Ce moment où peut importe comment tu pourrais entrer dans la conversation, tu sais que ce serait juste pour dire des choses  intenses, presque désagréables. Et j’ai appris, j’ai vraiment appris à contrôler toutes ces pensées idiotes d’enfant sauvage. Ces mots qui ne se disent pas en public. Ces mots maladroits et réels. Contrôler chaque parole pour ne pas avoir l’air bizarre. Donc, ne rien dire.

Ici tu n’es pas à ta place, petits fours et rosés. Les gens t’évaluent si t’es assez connu ils écouteront ton CD.

Crois-moi évite les face à face avec les gens du métier, t’es venu te faire des potes, pas lécher des bottes et distribuer ton EP.

C’est dur, les interactions sociales.

Souvent, je copie des trucs. Je copie des comportements. Je me dis « J’ai vu quelqu’un faire ça un jour, je vais répéter exactement la même chose, puis je vais partir très vite. » J’ai dis « Coeurs avec les mains, c’est pas que je vous aime pas, c’est que je suis fatiguée. Je vais me coucher tôt. Plein de bisous bonne nuit. » Et ça sonnait juste.

Sous la douche, en me séchant avec cette serviette rêche dans cette salle de bain trop propre, je me suis félicitée dans ma tête. Ca n’a l’air de rien.

Mais pour moi c’est immense.

C’est immense de sortir d’une interaction sociale de façon saine. Sans pleurer pour rien, sans s’enfermer dans une pièce, sans dire une chose bizarre, sans avoir un comportement over chelou. J’ai repensé à mon ancien amoureux.

Au milieu de tous ces gens, tous ces gens importants, je me suis mise à douter du groupe. De nos zics, de nos lyrics, de nos looks.

Tu as su trouver les paroles. Celles qui me consolent.

J’ai repensé à toutes les fois où j’ai pu l’utiliser comme pare-feu social. J’aimais beaucoup mon ancien amoureux pour plein de raison. Et aussi parce qu’il était l’inverse de moi en société. Mon ancien amoureux c’était ce garçon bavard, qui passe partout, qui devient ami avec les restaurateurs et qui se fait toujours ajouter un truc gratuit dans sa commande.

A côté j’étais cette enfant bizarre. En mode « La personne en face de nous respire de la tristesse rancie. Je suis sûre qu’elle est malheureuse au fond. Je ne peux pas supporter ses émotions négatives, je ne sais pas la regarder dans les yeux, ce contact social est insoutenable. Laissez moi m’enfermer dans les toilettes et pleurer. Je veux que le monde s’arrête. »

Mon ancien amoureux, c’était cette personne qui désamorçait les situations comme ça avant même qu’elles ne commencent. Une blague. Une assiette de frites. Un relai social. Il n’avait qu’à parler pour remplir l’espace. Et moi, à côté, je ne me sentais pas bizarre.

Il suffisait de prendre son bras et pour moi c’était entendu, tu n’étais pas à l’aise non plus.

Et c’était beau, pratique et confortable, dans mon univers étrange d’enfant zèbre dont la machine sociale ne marche pas comme les autres. C’était confortable de savoir que quelqu’un avait le mode d’emploi de toutes ces interactions.

Il prenait tellement de place et comblait tant d’espace avec son charisme et sa capacité à être un moulin à parole que mes bizarreries passaient inaperçues.

Je me sentais cool kid.

Briller comme des étoiles. Briller comme des stars. Faire preuve de talent, faire kiffer les gens, faire des concerts tous les soirs.

Et maintenant ?

Oui, parfois je me sens toute nue. Toute nue et toute forte. Comme un oiseau mouillé. Je sais voler seule et c’est Ok.

Oui, si mon ancien amoureux était resté près de moi, il y a moult interactions sociales qui auraient été plus faciles.
Non, je ne suis plus aussi angoissée qu’avant.
Oui, je suis davantage responsable de moi-même et mon propre bonheur.

Mais tu sais dans ces moments là, savoir que tu es avec moi ça vaut plus que n’importe quoi.

Je pourrai toujours compter sur toi pour me dire tout bas que nous aussi on va briller comme des étoiles.

Je suis fière de moi, je crois.

Parce que j’ai compris que je peux rester cette cool kid par moment. Je suis une personne drôle, je sais faire des blagues auxquelles les gens rigolent. Je suis capable de m’intégrer à un groupe dont les codes sont différents des miens si on me laisse un peu de temps. Je suis capable de poser mes limites et de quitter des interactions de façon fluide.

T’inquiète, nous aussi on va briller comme des étoiles, briller dans le noir.

Il y a les situations dans lesquelles je sais que mon hypersensibilité a toute sa place et que c’est ok de la montrer au grand jour. Et je me sens belle, vivante, rayonnante comme jamais. A me rouler nue dans l’herbe sous le soleil d’été et interagir de façon simple. Simple comme « Est-ce que je peux te donner une appréciation honnête et vraie ? Il n’y a pas à répondre, juste à recevoir. »

Il y a les situations -les plus courantes- où je suis en PLS sociale. Où je suis toujours sur la tangente de dire des choses trop profondes, de creuser dans l’intime de l’autre pour l’étaler à nu sur l’herbe. Cet intime tellement caché sous des couches de « social », de codes cachés que je ne comprends pas.

J’ai 23 ans et dans ces situations, j’ai toujours l’impression d’être au lycée. Je ne comprends pas comment entrer dans l’interaction. Je suis posée devant, je la regarde mais je ne la vois pas.

Et c’est ok.

Je suis bizarre. Magnifiquement bizarre. Et plus le temps passe, plus je comprends ce super-pouvoir.

Briller comme des étoiles. Briller comme des stars. Je continue à y croire.

Article écrit avec la musique Briller comme des étoiles de The Pirouettes.

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