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J’ai passé les six derniers mois, à Melbourne, en Australie. J’y faisais un échange universitaire au RMIT. Au RMIT Surf Club, j’ai eu l’occasion de suggérer l’implantation de cours sur le consentement. Prendre action contre le harcèlement sexuel ? Je te raconte doucement.

Le surf club. Quand on parle de l’Australie, on pense au surf, et on comprend facilement pourquoi. Le bruit des vagues, l’eau salée, les longues heures en voiture pour rejoindre la mer. Le surf club du RMIT est une institution. De tous les clubs de l’université, c’est probablement celui qui ressemble le plus à une petite famille. Ses membres vont généralement en weekend de surf, une fois par mois aux environs de Melbourne. Et en weekend de surf, il s’en passe suffisamment de choses pour créer des liens rapidement. Dormir sous tente, vomir de l’eau salée, souffrir des mêmes courbatures.

Alcool et eau salée

Le surf club du RMIT c’est une atmosphère. Se lever aux aurores pour attraper les premières vagues et préparer punch et costumes pour la grande fête du samedi soir. Imagine une trentaine de jeunes et beaucoup, beaucoup, beaucoup (trop ?) d’alcool. Des enceintes, du son qui tâche et l’envie de se saoûler jusqu’au bout de la nuit. J’ai vu des gens manquer de se faire renverser par des voitures sur la route de la plage et revenir avec du sang et des hémotomes. J’ai passé tout le trimestre à me faire vomir dessus aux soirées du surf club – mais quiiiii sont ces gens qui vomissent sur d’autres personnes en soirée et qui trouvent ça « normal » ?

J’ai vu les soirées débauchées d’adolescents-adultes, où l’objectif est de boire, puis vomir, puis reboire.

Paye ta soirée.

Je ne suis pas une nana à soirée. J’ai tendance à très vite freezer et fondre en larmes et je suis généralement très mal à l’aise. C’est comme ça. Ca me va. Perdue toute seule au bout de l’Australie pourtant, j’avais envie de me faire des amis dans cette fac trop grande où je ne connaissais personne. Les weekends du surf club étaient là pour ça. Et il y avait toujours un ou deux Français avec qui arrêter de souffrir en parlant anglais.

Je te la fais courte

Moi ce soir là, quelqu’un venait – à nouveau – de vomir sur mon pull. Je commençais à en avoir vraiment ma claque. J’étais fatiguée et j’avais à peine bu un verre de vin. Rater la soirée, ou  rater la soirée, c’était pareil. J’avais décidé de prendre une douche et d’aller me coucher.

Sauf que. Quand j’ai ouvert ma tente, quelqu’un est rentré en même temps que moi.

Tu sais, les histoires de harcèlement sexuel, on dit que c’est rien, qu’il y a plus grave, que de toute façon en plus c’est normal.

Mais moi, à deux heure du matin, fatiguée de surf et de mauvaise musique, j’avais juste vraiment, vraiment autre chose à faire que d’expliquer gentiment puis plus fermement au gars qui était entré dans ma tente que non. Déso. Mais j’ai pas envie de coucher avec toi. Ni maintenant. Ni plus tard. J’ai dis non.

J’ai l’impression d’avoir vécu tous les stéréotypes de réponses d’affilé.

– Mais pourquoi ? – Mais parce que je ne veux pas. – Mais pourquoi ? – Parce que je n’ai pas envie. – Est-ce que c’est à cause de moi ? – Tu es gentil mais je ne veux pas coucher avec toi. – Est-ce que tu as déjà quelqu’un ? – Oui mais ce n’est pas la question, sors de ma tente, tu me fais flipper. – Comme il n’est pas là, est-ce qu’on peut le faire quand même ? – Non. – Depuis combien de temps tu sors avec lui, ce n’est pas assez pour être amoureuse, on pourrait le faire quand même ? – Non. Sors. De. Ma. Tente. – Si je reste dormir ici sans te toucher alors, peut-être que plus tard on pourra le faire ?

Et j’en passe.

Tu sais cette grosse envie de pleurer et de se sentir légèrement misérable. De se lever aux aurores avec toujours des paillettes de soirée sur le visage mais le coeur lourd comme un caillou. Et d’aller se perdre sur la jetée, le regard noyé dans les vagues. Ca fait mal cette douleur, un peu. D’en parler rapidement aux gens qui haussent les épaules et qui disent « Mais il ne s’est rien passé, donc, ça va ? » ou « Je vois ton chagrin, mais je ne sais pas quoi te dire, penses à autre chose. » Et tous ces trucs qui, en fait, ne t’aident pas.

J’écris cet article pour toi.

Si, un jour, je ne sais pas, il t’es arrivé un truc qui ressemblait à ça. Quelque chose de moins « grave » qu’une agression sexuelle mais qui t’a quand même retourné le moral dans tous les sens et t’a donné envie de pleurer vraiment. Je veux te dire qu’il y a quand même des choses à faire.

Ce truc ce n’est pas rien. Si tu n’es pas d’accord avec ce truc, tu dois pouvoir le dire.

Avec ma coloc on a écrit un mail au président du surf club pour dire en deux mots qu’on ne trouvait pas ça très normal ce genre d’attitude en soirée.

On a immédiatement été référées à la Safer Community du RMIT qui 1) M’a appelé pour savoir si j’allais bien. 2) M’a trouvé un rendez-vous pour en parler avec un conseiller. 3) M’a orienté vers une psychologue scolaire.

On m’a changé de classe de TD pour ne pas avoir à revoir le gars en question et on m’a proposé du temps supplémentaire pour rendre mes examens.

A côté de ça, le comité du Surf Club a pris les devants et a instauré une politique de règlementation des boissons. Il a également inscrit tous les membres de son comité en ateliers de gestion de contextes d’harcèlement/agression sexuelles.

Il a été décidé qu’avant chaque weekend de surf, tous les participants devraient avoir participé à un cours sur le consentement.

Tout ça à partir d’un mail.

Sans emphase. Sans rien.

Donc même si tu penses que ça ne sert à rien d’en parler. Si tu sens que tu veux en parler. Parles-en. Parfois, ça fait du bien.

 

 

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