J’ai fais un stage de danse. Qui s’appelle Initiation aux Rituels de femmes berbères. . Et ça a été incroyable. Doux raton, je te raconte cette magnifique aventure, sait-on jamais si tu as l’occasion d’y participer un jour.

Les danses traditionnelles berbères ? C’est de la danse orientale ?

NON. Voilà. Je pose ça là. La danse orientale est issue de la colonisation et de plein de trucs pas cools. Là, dans ce stage on te parle de danses traditionnelles brutes qui existent encore, sans les froufrous mignons jolis. Ce sont des danses de femmes qui vivent dans des champs, qui ont besoin de moissonner la terre, qui sont connectées à leur communauté. Des danses issues du concret de la nature.

Saïda, la professeur de ces stages de danse est une chorégraphe de 62 ans qui a passé sa vie à arpenter à l’Afrique à la recherche de danses traditionnelles. C’est une transmission du coeur qu’elle fait. Une transmission qui demande un respect des coutumes et des traditions.

Les candidatures sont sélectives. Sur 50 candidatures, seules 7 stagiaires ont été sélectionnées pour le stage. Juste que tu saches.

Ce n’est pas « pour faire joli ». C’est réel.

Qu’est-ce qu’un rituel traditionnel ?

C’est je pense la question principale du stage. Forcément, il s’appelle matrimoines berbères et rituels d’Afrique du Nord. Ca intrigue. Honnêtement, je suis incapable de t’expliquer avec des mots à quoi ressemblaient les rituels. Je pense que ce sont de réels petits bouts de magie.

Surtout à une période d’appropropriation culturelle et de « sorcellerie moderne » où tout le monde a envie de jouer aux apprenties sorcières en brûlant de la sauge et en collectionnant des cailloux – je ne critique pas les adeptes de lithothérapie, c’est de l’humour guys.

Nous n’avons pas « joué » à créer des rituels folkloriques. Nous avons vécus des rituels. Ils apparaissent presque sans prévenir, au détour d’une musique, d’une connexion à l’autre, d’une juste place. Tu ne sais pas pourquoi ni comment mais tu pars. Tu déconnectes. Tu danses comme jamais. Et tu te retrouves en boule sur le sol à pleurer.

Et tout en douceur, sans mysticisme, sans « effet grande prêtresse », sans tout ça, on te soulève juste pour t’amener sur le sol. On te demande de souffler sur le sol. On t’apporte de l’eau. Du sucre. Et de l’amour. Pas de phrases. Pas de mots. Juste te laisser pleurer. Et te réintégrer au groupe avec légèreté.

Est-ce un cours sur la culture berbère ?

Non. Alors oui, j’ai appris des choses. J’ai appris des choses sur comment brûler de l’encens et le respirer sous un foulard, en cercle, le soir avant de dormir pour apaiser le coeur. J’ai appris des recettes de cuisine traditionnelles. J’ai appris à donner de l’air à un voile pour le faire s’envoler dans l’air comme un oiseau et avoir un joli tombé.

Mais ça c’est fait naturellement. Je ne sais pas comment te dire. On a pas eu de cours en mode. Lundi à 10h30, étudions la place du voile dans la culture berbère. Du tout. C’était plus : « il pleut, prenez vos voiles pour vous couvrir et faites-les voler. »

C’était un stage très doux. Avec des horaires mais surtout beaucoup de spontanéité.

Comment étaient organisées les journées ?

Les journées commençaient aux alentours de 9h30. Rendez-vous dans la forêt pour faire des exercices d’ancrage pendant 1h30. Respirer, axer ses mouvements sur le mouvement des arbres, déployer sa verticalité. Avoir conscience de son corps. Répéter des gestes techniques jusqu’à ce qu’ils entrent en toi. Puis retour dans la salle pendant 1h30 et faire de nouveaux exercices selon l’énergie du groupe. A nouveau de la technique. Ou des choses plus fluides et plus dansées. Ou des rituels spontanés.

Temps du midi. Immense plage de temps libre dans l’après-midi pour dormir – parce que les rituels vident de l’énergie. Puis nouvelle séance de pratique le soir à 18h30. Pendant 2h. Danse pieds nus autour d’un arbre. Rituels si rituels se créent. Toujours des indications techniques mais moins qu’en matinée.

Dîner et dodo.

Le stage est-il adapté aux débutants ?

Honnêtement, je ne suis pas danseuse. Voilà, ça c’est dit. Je n’ai aucun sens du rythme et ça me demande un effort surhumain de coordonner mes bras et mes jambes pour faire quelque chose de gracieux. Je ne suis pas devenue un petit rat de l’opéra en 5 jours. Et ce n’était pas le but. Par contre, j’ai gagné en conscience corporelle plus que je n’aurai pu l’imaginer. Je sais exactement où est mon périnée, comment le déplacer, comment il influence ma posture, ma lubrification, ma machine interne. Comment le protéger dans des mouvements brusques, comment l’absorber sans le contracter. Tout, tout, tout. Et ça c’est magique.

Saïda est une professeur d’une humanité et d’une sagesse rare. Elle ne va pas te crouler sous les compliments devant tes pas de bébé. Mais elle va te donner des directives claires. Sans pour autant t’empêcher de respirer. Tu es débutant ? Tu as besoin de temps ? C’est ok. Si comme moi tu es stressée de « ne pas savoir faire les choses ». Je trouve qu’elle a pile la bonne maîtrise entre « je suis là, je t’aide, tu n’es pas seule » et « arrête de paniquer, écoute ton corps, je te fiche la paix, amuse-toi »

 

Ambiance auto-gestion et responsabilité de soi

Un truc qui m’a vraiment marqué pendant ce stage, c’est l’auto-gestion et le respect de l’intime de chacune des participantes. Le cadre avait été posé dès le départ :

  • chacune participe à la vie en communauté – ménage, cuisine, courses etc…
  • chacune est responsable d’elle-même et de son bagage émotionnel

Tu vois, dans ce genre de stage, on peut rapidement tomber dans le travers pieds en éventail et je me la coule douce sans participer à la vie de groupe dans la gestion du quotidien. Ou venir avec son petit paquet de tristesse, de trauma, de doutes existentiels et d’avoir envie de le déposer au milieu du groupe comme si c’était une séance de thérapie collective.

Nous n’avons pas fait ça. Et il y avait une part de beauté. Je pense que le cadre y a été pour beaucoup, même si avec un autre groupe cela aurait été différent. Nous avons beaucoup rit, échangé des émotions intenses, mais nous sommes restées dans une certaine forme de pudeur. Ce n’est que le dernier jour, au moment du départ, que j’ai appris qu’une telle traversait un deuil récent ou qu’une autre avait subie une agression sexuelle.

Je ne sais pas comment dire, c’est comme si tout au long du stage, nous nous étions accordé ce droit de ne pas tout dire, ce droit de rester avec nos petits bouts d’intime et de ne les partager que petit à petit. Tu vois, si tu as l’habitude des cercles de femmes où tout est dit au début, déballé le coeur ouvert sur la table, là c’était carrément l’inverse. Sans être dans le non dit. Mais dans la pudeur et le respect du vécu de chacune.

Genre, quand on sortait de transe, personne n’était là pour raconter « Waouuuw, j’ai vu ça. ». Non. Le « ça », n’appartient qu’à toi. Il relève de l’intime.

 

Bref. J’arrête là. Mais si à un moment tu as besoin de plus d’informations, tu peux tout retrouver sur le site de la compagnie. Il y a aussi des retraites de danse au Maroc ou des ateliers le weekend dans l’année.

Bisous doux, doux raton.

 

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