suis je hypersensible raton reveur blog

Hypersensible. Il y a quelques années, j’avais vu le mot quelque part et j’avais haussé les épaules en me disant  » On est tous plus ou moins fragiles. Il faut arrêter d’en faire tout un plat » Et un jour la question se pose : suis-je hypersensible ?

C’est tombé d’un coup après un déjeuner au bureau. Le genre de moment où même si tu essayes de te calmer et que tu sais qu’il ne se passe rien, tu paniques. Tu te sens terrassé.e. Mal à l’aise. Incapable de faire quoique ce soit qui rentre dans les normes de la sociabilité. Le genre de moment où tu veux juste mettre tous les sons et toutes les odeurs en mode OFF et t’enfermer dans une pièce sombre en te roulant en boule sur le sol.

J’ai vécu ça pendant plusieurs mois. Plusieurs années. Jusqu’à ce que je me rende compte que mon comportement d’enfant autiste n’était pas normal. Tu ne peux pas aller te cacher dans des caves, des toilettes ou des placards à balai en pleurant pour rien. Surtout quand les riens sont :

  • La cacophonie des couverts et le brouhaha ambiant à la cantine
  • Les images violentes dans un film
  • Quelqu’un qui est stressé, triste ou en colère dans la même pièce que toi
  • Le bruit dans les open spaces et les gestes brusques des gens
  • Les lumières des affiches publicitaires dans la rue
  • Les morceaux de viandes, les poissons morts, les oeufs, le fromage et tous les produits qui me rappellent à quel point je suis désolée d’être végane

Mais aussi quand tu as les larmes aux yeux parce que tu vois un tableau, tu lis une jolie phrase, ou juste tu manges une pomme et tu la regardes et tu te dis à quelle point elle est belle et que le monde est simple et merveilleux.

Ca te prend sans prévenir, une bourrasque, un pincement au coeur, de l’eau dans les yeux. Et s’il n’y avait personne, personne d’autre que toi, tu laisserais éclater ce trop plein, sans bien savoir si tu es triste ou heureux. Tu te mettrais juste à pleurer pour rien en te roulant en boule.

La foule, les produits nettoyants, les odeurs de nourriture, la radio,  les centres commerciaux, les supermarchés, la télévision, la pollution, l’alcool ou les drogues sont des situations vraiment insupportables. On peut tous dans une certaine mesure ne pas aimer ces situations. Mais avoir envie de pleurer / hurler / se laisser rouler sur le sol face à ces situations, redevenir enfant, est problématique. Socialement problématique.

Est-ce qu’être hypersensible veut dire être faible ?

Non. Je ne pense pas. Je ne sais pas si personnellement j’ai envie de me définir avec le mot hypersensible. Mais je pense que dans tous les cas, on peut être sensible aux éléments de son environnement sans être forcément « fragile ». Sans avoir envie de se plier en quatre pour les autres. Sans vouloir être aimé à tout prix ou tout faire pour plaire. Le besoin d’approbation et l’hypersensibilité sont peut être cousins mais ne vont pas ensemble. Il y a une réelle différence entre l’empathie et la sympathie.

Ce n’est pas parce qu’une personne dans une pièce t’assaille avec son stress et te donne envie de pleurer ou de la faire partir immédiatement que tu tu as forcément envie de l’aider à aller mieux. Dans l’idéal, je pense qu’une part de toi aimerais juste qu’elle parte. Et que si tu ne peux pas la faire partir, l’aider est une façon relativement égoïste d’aller mieux.

Est-ce qu’être hypersensible veut dire être égoïste ?

Peut-être. Si par égoïste on entend s’épargner des situations désagréables en faisant des choses socialement étranges, alors peut-être qu’être hypersensible veut dire être égoïste. Si tu te lèves de table et que tu t’enfuis parce qu’une odeur est subitement impossible à expliquer mais qu’elle te met des petits piques en bois sous la peau. Si tu évites de sortir avec des gens parce que tu supposes qu’il y aura de la fumée de cigarette et que tu ne pourras pas respirer sans avoir un noeud en corde rêche dans la gorge et une impression d’asphyxie. Si t’isoles dans un coin sombre en demandant aux gens de te fichtre la paix parce que rien que le contact de ta propre peau est en train de te rendre dingue.

Et c’est dur. C’est dur de ne pas pouvoir dire aux gens.  » Je vais me lever et partir très vite et passer plein d’eau sur mon visage et me cacher dans un placard et arrêter de respirer un temps parce que va savoir pourquoi là tout de suite, j’ai envie de vomir pour absolument rien et je suis incapable de t’expliquer pourquoi je vais pleurer mais je vais pleurer. Ca vient comme une vague. Ca va passer. Fou moi la paix. Je reviendrai après. »

Est-ce qu’être hypersensible ça veut dire détester le monde entier ?

Non. Hein. Je pense pas. Je pense que c’est merveilleux de s’émouvoir pour des toutes petites choses. Une texture. Un reflet. Un timbre de voix. Une courbe. Une oscillation. En méditation en  pleine conscience ou sous auto-hypnose, le trop plein de sensibilité donne des résultats incroyables.

Je ne pense pas qu’être trop sensible soit un défaut ou un facteur limitant. Je ne sais pas si je suis hypersensible. Peut-être que non. Je passe mon temps à voyager et à être confrontée à des tas de stimulis que j’ai du mal à appréhender. Et même si j’ai un caractère assez étrange d’enfant sauvage, j’y arrive. Je travaille. Je sors. J’ai une vie sociale. Je vais bien hein. Je m’aperçois que mon article peut avoir des accents assez alarmiste, mais je pense qu’il faut  apprendre à se connecter / déconnecter à ces vagues d’hypersensibilité pour ne pas se laisser noyer dans un raz-de-marée de sensations.

Et toi ? Est-ce que ça te fais ça aussi parfois ? Tu te dirais hypersensible sur les bords ?

 

Share: