Récemment à un dîner avec des amis, alors que le sujet chancelait doucement mais sûrement sur mon véganisme, la question de la viande in vitro a été abordée. Je dois avouer que je suis toujours rassurée quand je réalise que je n’aurai pas à subir le top 10 des questions reloues sur les vegans en soirée. Mais la conversation sur la viande in vitro n’était pas moins riche et véhémente. Est-ce considéré comme éthique ? Le projet est-il viable ? Sera-t-on tous amenés à manger de la viande artificielle au cours des prochaines années ? Présentation de ma synthèse de recherches et d’arguments suite à ce long débat.

Qu’est-ce que la viande in vitro ?

De la viande cultivée dans une éprouvette de laboratoire. Globalement, la viande artificielle est cultivée à partir d’un morceau de cellule animale. Cette cellule est conservée en laboratoire dans un environnement propice à son développement de façon à former des tissus, des tendons et des nerfs, bref un vrai morceau de viande. On ne parle alors plus de simili carné, mais bel et bien de viande artificielle dont la texture et le goût sont censés être les mêmes que la vraie viande.

La promesse de la viande in vitro

Pas de souffrance. Pas de gaspillage des ressources. Juste de la viande pour le simple plaisir du goût, sans culpabilité aucune. Tel est l’argument marketing principal de la viande in vitro qui apaise les tensions liées à la consommation de viande. On remarque en effet trois principales raisons qui poussent les gens à devenir végétariens (puis-à-cheminer-un-jour-peut-être-vers-le-véganisme) : le préservation de l’environnement, la condition animale et les raisons de santé. La viande cultivée in vitro semble répondre aux deux premiers. Il n’est pas nécessaire d’élever un grand nombre d’animaux en gaspillant les ressources agricoles primaires ni de tuer des animaux.

PETA soutient la culture de viande en laboratoire et a investi à hauteur de 1 million d’euros en lançant un concours pour récompenser le premier laboratoire qui pourrait commercialiser du poulet de synthèse à grande échelle.

 

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Quid de la commercialisation de la viande in vitro à grande échelle ?

Alors qu’en est-il de la commercialisation de la viande à vitro à grande échelle justement ? Le projet avance doucement mais sûrement. Pour le moment, trois grandes compagnies sont leaders sur leur marché.

 

Memphis Meat

Le groupe américain Memphis Meat prône la découverte d’une solution qui permettra à une population avide de viande de continuer à en consommer. Selon eux, les consommateurs dépensent plus de 750 millions par an en viande et la demande est amenée à doubler au cours de la prochaine décennie. Pour le moment, Memphis Meat cultive du poulet artificiel dans la baie de San Francisco.

New Harvest

Dans une autre mesure, New Harvest, une société américaine basée à New York ne se contente pas de reproduire de la viande, mais également du lait et des oeufs sans utiliser d’animaux. Leur projet de lait-sans-vache devrait sortir d’ici la fin de l’année 2017. Les oeufs-sans-poule quant à eux, sont encore à l’état expérimental et sont faits à partir d’une levure qui réussit à reproduire le jaune et le blanc de l’oeuf.

 

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L’avis de la population

La population est-elle prête à manger des produits animaux de synthèse ? Les réponses s’avèrent en fait être très partagées. Si nombreux sont ceux à se soucier de l’impact écologique et dans une moindre mesure du bien-être animal, la viande in vitro n’est pas considérée comme un Graal pour autant. En effet, elle coûte encore incroyablement cher. Il faut compter 1000 dollars pour un hamburger fait à base de fausse viande. Pour réduire ce prix, il faudrait faire en sorte que les consommateurs achètent ce type de viande en grande quantité. Or, peu sont prêts à passer le pas.

Qui mangera de la viande in vitro ?

La question de la cible de la viande in vitro se pose. Le carniste conservateur ne préférera-t-il pas économiser son argent et continuer à manger de la viande d’animaux d’élevage ? Le végéta(r/l)ien sensibilisé à l’éthique animale voudra-t-il manger des morceaux artificiels d’individus sentients ? Le flexitarien adepte d’un respect de la « nature » ne se posera-t-il pas de questions sur les risques sanitaires d’une viande artificielle ?

Sans compter les questions sur le rapport au spécisme que pourraient poser pareilles expérimentations. Mangeriez-vous du chien, pour goûter, si la viande avait été produite in vitro sans faire souffrir d’animal ?

Expérimentation autour de la viande artificielle ?

Creuser l’expérience de la viande in vitro plus loin, telle est l’expérience du restaurant Bistro in Vitro. Ce lieu imaginaire, conçu aux Pays-Bas et soutenu par le Submarine Channel et le Next Nature Network propose de composer des menus à base de viande artificielle dans une attitude prospectiviste. Alors, vous, que mangeriez-vous demain ?

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Les animaux, principaux concernés par la viande in vitro

Parlons en justement. Lorsqu’on parle de viande in vitro, on parle avant tout de viande. Et qui dit viande dit muscles, chaire et tendons d’êtres sensibles. Les animaux non humains sont les principaux concernés par la viande in vitro. On pourrait croire qu’il s’agit d’une excellente façon de mettre fin à l’horreur de l’élevage et que la création de viande in vitro pourrait aller vers le chemin d’un monde abolitionniste. Néanmoins, la question n’est pas si simple.

D’où viennent les cellules de la viande in vitro ?

Les cellules ne poussent pas dans les arbres. Elles sont pour la plupart prélevées par biopsie. Les fabricants de viande in vitro assurent que ces dernières sont réalisées sous anesthésie et qu’il n’existe pas de souffrance animale. Néanmoins, ces cellules ont une durée de vie limitée et doivent être prélevées régulièrement. Dans ces conditions, on ne peut pas imaginer les animaux vivre leur vie librement, sans entraves et sans élevage, même à petite échelle. De plus, les cellules de la viande in vitro consomment énormément d’énergie pour être alimentées en dehors d’un corps vivant, ce qui explique le coût de la viande artificielle. Le processus est loin d’être rentable et il est difficile de l’imaginer évoluer à long terme.

Viande artificielle oui, mais non cruelty free

Dans certains cas, pour produire de la viande de artificielle, les cellules doivent être baignées dans un mélange de sérum issu de foetus d’autres êtres vivants. Faire souffrir moins d’animaux non humains mais en faire souffrir quand même pour prélever des cellules pose éthiquement problème. De plus, les expérimentations de viande artificielle sont loin d’être cruelty free car elles impliquent des tests et expériences sur les animaux non humains.

Les animaux non humains, toujours considérés comme des ressources

Oui, je suis végane. Et je considère que les animaux sont au coeur du sujet. On peut vivre sainement et normalement sans consommer de viande. Le fait de produire de la viande de synthèse coûte excessivement cher et perpétue l’idée que les animaux peuvent continuer à être mangés. Le jour où la viande ne pourra plus être produite artificiellement, combien de temps faudra-t-il pour se remettre à élever des êtres sensibles pour les manger ?

Vers un monde végétalien ?

A la réponse fataliste et blasée  » Oui mais tout le monde ne peut pas devenir végétalien« , je réponds qu’il existe de plus en plus de d’initiatives pour démocratiser ce mode d’alimentation et que oui, tout le monde peut. Tout le monde ne veut pas. Mais tout le monde peut le faire. Je ne sais pas comment va évoluer la viande in vitro dans le futur. Mais j’aimerai que chacun puisse un jour se faire la réflexion qu’une vie sans consommations de produits issus de l’exploitation d’animaux non humains est possible.

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