Ca m’a fait tout drôle. J’étais à un cercle de lune avec mes potes et on s’est dit que ça faisait déjà deux ans que la vie n’était plus pareille. Le Covid. Et les effets que ça avait eu sur nos vies avec du décalage. Un peu comme si on pouvait revenir en arrière et regarder derrière son épaule. Et se rendre compte de tout ce qui avait bougé.

Je sais pas toi mais moi je suis vénère contre le Covid. Il a précipité des trucs dans ma vie, il m’a fait péter des câbles, il m’a fait devenir une autre personne. Et je suis fatiguée. J’en ai marre.

Les blondes sont blondes même les brunes
Elles sont pareilles dans la brume
Je sors dehors voir la lune
Elle est nouvelle (Putain)

C’était mon anniversaire il y a quelques jours. J’ai eu 25 ans.

Je repense à ces deux dernières années.

Les sirènes des pompiers envahissent la rue Clignancourt. Les voitures klaxonnent dans des files d’embouteillages qui font plusieurs kilomètres. On se cache pour être dans la rue après 22h. C’est octobre 2020. On vient de réannoncer un confinement. Moi ce weekend là, j’ai quitté mon 25m2 parisien. J’ai pris mon chat. Et j’ai été me réfugiée chez un copain. On est voisins. On se connait bien, on couche ensemble depuis la fin du premier confinement, on rigole. On tombe amoureux. On a peur. On comprend rien à ce qui se passe.

Cet anniversaire là, je fais ma première grosse crise d’angoisse. Crises qui m’accompagneront en boucle pendant un an. Je pleure, je crie, je me roule en boule sous une couette. Je dissocie. J’ai l’impression que je vais mourir.

Cet anniversaire là, je n’en peux plus du vent de panique qui souffle sur Paris. Je n’en peux plus de la fête surprise que voulaient me faire mes copines et qui a été annulée. Je n’en peux plus de mon boulot dans un grand groupe parisien qui m’a laissé les nerfs à vif. Je n’en peux plus de l’incertitude.

Cet anniversaire là j’ai 24 ans mais c’est comme si je n’avais plus rien.

Et ce qui s’est passé depuis ?

Je m’énerve. Le monde m’énerve. Les choses que je faisais avant et que je ne peux plus faire. Les barrières que je me suis mise toute seule. Les situations dans lesquelles je me retrouve sans me comprendre. Je suis grave blasée de moi. J’en ai marre. Je suis énervée contre le monde entier.

Cette fête est un vrai succes
Merci d’mavoir invité
Aller encore un effort
Si je n’danse pas, je dors

Ca me manque.

Ca me manque les soirées qu’on allait se faire en boîte. Les before un peu schlag qu’on prenait ensemble. Les bouteilles de vin bio bues dans le métro. Ca me manque les free party dans les bois. Ca me manque quand tu savais tous les noms des clubs et qu’on se donnait juste rendez-vous le vendredi soir. Ca me manque les retours en Uber qu’on savait même plus commander tellement on était bourrées. Ca me manque les lendemains quand on allait bruncher chez Aujourd’hui Demain. Ca me manque la musique, ça me manque la danse en tapant du pied. Ca me manque mes potes de soirées.

Ca me manque ta main dans mes cheveux, ça me manque nos reflets dans ma micro salle de bain. Ca me manque les soirées à se boire des verres de vin qui coûtent trop chers à Montmartre. Ca me manque les séjours à Versailles. Ca me manque quand tu venais me chercher à la sortie de mes studios de yoga. Ca me manque la place qu’avait le sport dans nos vies. Ca me manque de t’entendre parler même si ça me saoulait. Ca me manque mon ex que j’ai aimé.

Ca me manque de ouuuuf la coloc. Ca me manque les soirées films. Ca me manque les câlins, les casse-croutes à minuits. Ca me manque les dortoirs, ça me manque les douches à la va vite. Ca me manque les gâteaux qui réjouissent tout le monde. La chaleur de tes bras. La peinture sur les murs. L’incertitude de savoir si je compte pour toi, un peu. Oui, non. Un peu. Ca me manque l’appréhension à te retrouver. La peur d’avoir mal. Les nuits à moto. Ca me manque mes crush.

Ca me manque les cercles. Les invendus que tu ramenais du resto. La sauce de houmous qu’on aimait toutes. Ca me manque les vide dressing. Ca me manque les soirées pyjama dans nos cages à lapin. Ca me manque nos discussions sur nos chats. Ca me manque nos liens, la buée sur les vitres. Ca me manque les « tu fais quoi ? tu viens boire un verre ? » . Les soirées tisanes. Ca me manque nous. Ma bande à moi.

La question est, est-ce que j’m’amuse?
Oui j’m’amuse, oui j’m’amuse
Est-ce que j’m’amuse?
Oui j’m’amuse, oui j’m’amuse
Oui j’m’amuse, oui j’m’amuse
Oui j’m’amuse, oui j’m’amuse
La question est, est-ce que j’m’ennuie?
Oui j’m’ennuie

Peut-être ce qui se passe c’est que je ne suis pas vraiment satisfaite de ma vie.

Peut-être que oui j’ai réussi plein de trucs et qu’en même temps ça me saoule.

Oui ma vie d’avant me manque à fond.

Non je ne regrette pas vraiment.

Et depuis qu’est-ce qui s’est passé ?

En vrac. J’ai revu mon ex cet été. On a été à Aujourd’hui Demain. Comme avant. On s’est dragués comme avant. Bras dessus bras dessous. Gloussements. Deux cuillères au dessert. La serveuse a cru qu’on était ensemble. Ca m’a saoulé. Ca m’a saoulé cette image couple parfait qui me frustre. Il m’a demandé si je voulais qu’on recouche ensemble. J’ai été saoulée. Tu sais quand parfois tu peux avoir de la nostalgie sans regrets. Je suis contente qu’on se soit quittés.

Mais non je n’m’ennuie pas
C’est vraiment trop sympa
J’m’amuse comme Gotainer
Qui danse sur une samba

J’ai ghosté des crush, j’en ai vu d’autres. On est restés potes. Potes qui savent encore s’endormir parfois l’un contre l’autre. Se faire des câlins qui disent je t’aime sans désir. Se promener nus. Rencontrer les amoureuses. Dire oui, oui. Je comprends. Oui, je connais. Oui, je l’ai aimé pareil. Devenirs toustes amies. Ou essayer. Parfois revenir, refaire un gâteau. Cultiver une relation autre. S’appeler quand ça va. Et quand ça va pas.

J’ai arrêté d’aller en soirée. Je ne sais plus comment faire, j’ai peur. J’ai rencontré des meufs adorables qui m’ont proposé viens, viens on sort. Moi j’hésite toujours. Comme une idiote. Je me demande si je vais réussir à retrouver des copaines de soirées. Quel genre de soirée je veux. Les codes à recréer. Je n’en peux plus de devoir tout redéfinir.

Les images parlerons
Demain d’une fête magique
Sublime et unique
Ou je n’étais pas

J’aime cette ville. C’est pas Paris mais j’aime cette ville. J’aime la maison que je construis. J’aime mon amoureux. Les rires, les douches, les réveils ensemble, les petits déjeuners, les ballades en forêt, les bureaux côte à côte.

J’aime les copines. Les amitiés qui se créent lentement, sûrement. Celles qu’on appelle quand ça va. Un peu moins quand ça va pas. Les potes expat qui sont venues s’installer ici. Les amitiés solides. Celles qui reviennent. Ou pas.

Je suis heureuse ici. Et tellement saoulée en même temps.

J’en veux aux confinements. J’en veux aux relations éteintes, aux amitiés en pause. J’en veux à tout ce qui a changé et tout ce qui n’est plus pareil. C’est peut-être juste ça, grandir.

Je sais pas doux raton. Ca fait bizarre.

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