raton reveur coming out

Il est bête ce titre doux raton.

Parce que ça n’a pas pris un été. Ca a été mille fois plus long. Et pourtant, je ne sais pas, j’avais envie de te raconter.

« Je me sens bizarre ». C’est une sensation floue, un peu diffuse, qui vient, qui pop, qui s’évanouit. Ca commence assez tôt, ça a toujours été là en vrai. Mais je ne sais pas quoi en faire. Je me sens bizarre. Et je me sens surtout très bête. Tout le temps. J’ai grandis dans un monde avec peu de représentation queer. A l’adolescence, je suis juste paumée. Il y a ce que je ressens et ce qui existe.

Et il n’y a pas de place pour ce qui est vivant à l’intérieur de moi.

Contexte établissement privé catholique, la patrouille de scouts et la messe du dimanche. Le manque d’espace pour parler de sexualité. Une gêne malaisante de bienveillance hypocrite face à ce qui n’est pas hétéro. Ca existe, mais ça n’a pas sa place. Ca n’existe pas vraiment du coup. On se moquait beaucoup des rares personnes qui osaient s’assumer et moi j’ai longtemps été juste paumée. Tu sais, ces moments où tu es jeune et que tu ne sais pas bien mettre le mot sur c’est quoi du désir et qu’en plus, ça ne colle pas trop avec ce que tu vis au quotidien. J’avais juste peur d’être différente. Terrorisée.

Si je dis que j’aime les filles, je n’aurai plus d’amies. Je serai une paria. On ne me comprendra pas. On aura peur de moi.

Se confier à qui ? En parler comment ? En parler pour quoi ? Si ça se trouve, c’est juste que ça n’existe pas.

Je pense que j’ai grandis en voulant me conformer à une hétéronormativité radicale. Avec tout le bien et tout le mal que ça peut faire. Avec toujours cette impression d’être vivante à moitié. Aimer les garçons par habitude, parce que c’est facile, parce que c’est admis. Parce que je suis lâche un peu au fond. Vivre une vie en pointillée, à la surface de l’eau. Et ne pas se sentir légitime. Je ne suis pas lesbienne. Je ne suis pas hétéro. Je suis moi et c’est déjà pas mal. Et c’est dur tu sais, de ne pas savoir dans quelle case rentrer, à quels codes appartenir. Ne pas savoir parler, ne pas savoir dire. Ca rend un peu fou de l’intérieur.

C’est se regarder dans des miroirs et pleurer. Et se demander « mais qu’est-ce qui se passe ? pourquoi je me sens si bizarre ? pourquoi je suis si paumée ? je suis quoi ? »

A plusieurs reprises, c’est une vague qui a menacé d’exploser.

Et c’est s’arc-bouter, essayer de tout retenir, de tout contenir. Avoir si peur. Peur de quoi ? Peur de le dire, un peu bêtement. « Au fait, il y a ça qui existe aussi chez moi »

Je me suis dis que ce n’était pas important de le dire

Que je pouvais simplement être moi sans avoir besoin d’en parler. Mais plus je grandissais, plus je me sentais malhonnête envers moi-même. Est-ce qu’on ne va garder ça qu’en soirée quand on est bourrées ? Est-ce que ça ne sera que des accidents dont on ne parle pas ? Est-ce que ce ne serait pas ok de pouvoir se tenir la main dans la rue au grand jour ?

J’ai essayé de saisir des perches plein de fois, de me faire des stratégies à moi-même. « On a qu’à dire que pendant ton Erasmus, tu diras que tu es lesbienne et que tu l’as toujours été et ce sera plus facile. » Et en fait non, la même peur du jugement qui finalement est juste un jugement de moi envers moi. Et une incompréhension totale, le fait de ne pas avoir de mots pour dire bisexualité. J’ai du le lire sans le comprendre. Dans ma tête ça n’existait pas.

Tu dois être l’un ou l’autre. Qu’est-ce qui se passe quand tu aimes l’un et l’autre ?

Des tous petits élans de courage. Des élans de courage qu’on garde fort contre sa poitrine, en fermant les yeux, en parlant très vite. Dire les choses. Ne pas regarder. Juste dire. Et pleurer le souffle coupé.

« J’ai un truc à te dire. Je crois que j’aime les filles. Genre, vraiment. » j’ai 23 ans quand j’en parle à voix haute pour la première fois. J’en parle à mon copain du moment. Qui me laisse pleurer tout ce que j’ai à pleurer sur son épaule. On se quitte deux semaines plus tard. A grand coup de « c’est pas lié, t’inquiètes, c’est rien. Laisse-toi la liberté d’explorer. » A ce moment, je me sens comme abandonnée. Dans ma tête il y a l’idée « est-ce que j’ai fais un truc de mal ? »

J’en parle timidement à une pote à l’apéro. La même phrase « Je crois que j’aime les filles. Genre, vraiment. » On est dans mon salon. J’inspire un grand coup, je parle très vite. Est-ce que c’est ça un coming out ? J’ai chaud, j’ai mal au coeur et l’envie de vomir. Je suis au bord des larmes. C’est pénible. Elle me dit « Hey, tu sais que c’est pas grave. C’est trop cool que tu en parles. Jamais je te jugerai là dessus. C’est chill. Reprends des chips meuf, y a pas besoin de pleurer. » et je me rends compte que peut-être c’est vrai, peut-être je suis la seule à en faire tout un flanc.

Ca a le droit d’exister et c’est ok.

Je suis un bébé chat cet été là. Je suis à nouveau adolescente. Je m’autorise à être, à petits pas de souris. Mais cette fois-ci, je m’autorise à voir. Je suis en mesure de me dire « Là, elle me drague. J’ai peur, je ne sais pas comment réagir, je suis la version la plus anti-sexy et cruche de moi-même mais au moins je sais le voir. Elle me drague. Il fait jour. Elle me drague en plein jour. »

Je choppe 0 meuf, j’ai trop peur et j’ai toujours la confiance en moi d’une huître. Mais au moins, ça existe.

Un papa, une maman.

Dans un arrière coin de ma tête, il y a ce sujet qui boucle. Comment on va faire des bébés ? J’ai tellement, tellement envie d’un bébé. Depuis des années. Ca me semble impossible d’être amoureuse d’une fille et de faire un bébé. Ca me semble difficile. Ca fait exploser ma cage thoracique en mille morceaux d’angoisses. L’envie d’être amoureuse. L’envie de faire une famille. L’impression d’être démantelée. Je ne veux pas vivre dans le camp de celleux pour qui c’est difficile de faire un bébé. Je veux le chien, le mariage, le test de grossesse. Je n’ai aucune représentation de comment faire autrement. Ca me semble impossible. J’ai juste peur.

Je le dis tout de suite

Je l’ai dis tout de suite dans ma nouvelle relation avec un mec. « J’aime les filles, genre vraiment. » Et ca ne regarde que moi, c’est mon chemin à moi. Ca existe et c’est déjà pas mal. Je n’ai pas envie qu’on en parle. C’est pas sexy, c’est pas un fantasme pour hétéro. C’est juste moi. Ca existe en parallèle, sans les pointillés.

Je le dis à mes parents un été plus tard. Au détour d’un déjeuner, en parlant très vite, sans pleurer cette fois. On parle de je sais pas quoi, d’ouverture d’esprits, d’homosexualité, que sais-je. Je dis juste « Oh by the way. J’aime les filles, genre vraiment. Oui, depuis toujours. Oui mon copain sait. J’aime les deux. C’est tout. » Et ça passe tranquille. Qui prendra du dessert ?

Je n’ai pas envie qu’on en parle. J’avais juste besoin de dire que ça existe.

Pas de débats sur moi. Pas de questions. Je n’en veux pas. Je suis toujours un peu timide mais de moins en moins. Je me vois vivre une deuxième sortie d’adolescence. Oser flirter, être moins gauche.

Je me sais capable. Je me sais en paix. L’étiquette ? J’en sais rien.

J’ai envie de m’assumer moi. De porter ce que je veux sans me poser trop de questions. D’être décomplexée dans mes interactions. Je me sens vaguement légitime à utiliser le mot queer. C’est pour moi encore un joyeux fourre-tout qui regroupe tout.

Je ne sais pas trop si j’ai vécu dans un placard. J’ai l’impression d’avoir sortie une part de moi du grenier et de lui permettre d’exister.

On se tient la main dans la rue, il fait jour et c’est ok.

 

 

PS : l’image de couverture vient de la géniale photographe Léa Volta

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