J’ai écouté cette chanson en boucle depuis hier soir. Dans le métro, dans le RER, dans la ville, partout. Ce weekend, j’étais de sortie avec des potes.

Il y a eu un moment fort doux, c’était le matin, j’avais fais une immense grasse matinée. Tu sais, le genre de grasse mat’ où tu te réveilles à 12h, où tu vas faire pipi puis que tu retournes au lit à scroller sur un portable. Volets fermés. Impression que la journée a commencé et que tu vis à l’intérieur incognito.

Descendre en kimono, les trucs en soie qui donne un air chatoyant à chacun de tes pas.

Les compliments, les « ça viens d’où ? », « une pote l’a ramené d’Inde ». La sensation que la vie fait pas bien sens.

Grignoter un bout de tarte restée là depuis hier. Aux pommes la tarte. Feu de cheminée. Grand ciel bleu dehors. Les bourrasques qui font tanguer les rosiers. Les potes qui dansent sur cette musique à fond dans le grand salon. « J’aime que tu bouges devant moi, que tu te déhanches devant moi »

A ce moment là, arrêt sur image. Moi j’ai juste envie de devenir une meuf badass. De me faire confiance. De me sentir belle et désirable, avant tout pour moi-même. A ce moment, j’en ai rien à foutre de séduire les autres. J’ai envie de me séduire moi. Dans mon kimono avec mon morceau de tarte, vautrée sur un fauteuil, à demi sortie du sommeil.

A ce moment là, j’ai envie d’être à jamais confiante sereine et belle. J’ai envie d’être mes potes. Je les jalouse à fond. Je me demande pourquoi je suis moi avec toujours mes incertitudes, mes maladresses, mes manques de confiance.

J’ai envie d’être belle.

J’ai envie d’être sensuelle.

J’ai envie d’être relaxée, d’être joueuse, d’être en top, de bouillonner d’assurance.

Ce qui me prend le chou en ce moment c’est les relations filles-garçons.

J’ai la sensation d’être en primaire. Ou au collège plutôt. Ca m’a frappé au moment où j’ai capté que je n’avais aucun ami garçon.

Ma vie se conjugue au féminin.

J’ai des potes mecs cis que je compte sur moins que les doigts d’une main, et souvent c’est parce qu’on a déjà couchés ensemble. Et je me demande si on se parle parce qu’on s’aime bien ou parce qu’on se dit que « ah peut être maybe, repartager de l’intimité un jour ». J’en ai marre d’être cette meuf là.

« Je voudrai m’extirper, filer ailleurs. »

J’ai envie d’une vie moins genrée. Une vie où je sais avoir des potes mecs sans jouer le rôle de la meuf qu’on va peut-être kenn. Alors j’essaye, je suis maladroite. Parfois je relis les messages. Je me dis « là il met un cœur parce que c’est de la drague ? ou parce que c’est juste de la proximité ? » Je comprends pas pourquoi je me prends jamais le chou comme ça devant des messages de meuf.

« la voix est féline grave, voix cassée, charmante »

Je me demande si c’est parce que je suis encore trop bi peureuse. Si c’est parce que je ne fais jamais de drague offensive devant une fille. Est-ce que je drague les filles ? A peine. De loin. Sur la pointe des pieds. De plus en plus mais toujours tellement timidement. Je m’auto-agace.

Parce qu’à côté j’ai l’impression que même quand je fais 0 efforts et que j’en ai pas envie, je me fais draguer par les random mecs qui passent. Je souris et c’est déjà de la drague. Je sais pas quoi faire pour qu’on me drague plus. Pour qu’on me voit juste moi. Pas comme une amante potentielle.

Je m’interdis de jouer le rôle de la meuf mariée.

J’aime mon couple de tout mon cœur et pourtant tu sais, ça me fait chier d’utiliser mon couple en mode pare-feu à séduction. J’ai l’impression de faire trois pas en arrière quand je fais ça. Quand je papillonne des yeux en mode « hihihi machin va être jaloux ». Déjà parce qu’on fait tout ce qu’on peut pour repousser les limites de la jalousie.

« j’aime ta maladresse et cette culpabilité palpable »

Ensuite parce qu’on veut sortir de l’hétéronormativité à tout prix. J’ai 0 modèle de couple pas hétéro. 0 modèle de couple bi. 0 modèle de couple pas forcément cis. Je me sens paumée dans tout ça. Et je me dis que ça serait tellement plus simple de jouer le schéma tout connu de « moi fille fragile et mec jaloux et séduction dans le mensonge par omission. »

Mais flemme

J’aime que tu bouges devant moi, que tu te déhanches devant moi.

Moi doux raton, j’ai envie de jouer avec les codes de la séduction et d’accepter de ne pas séduire. De mettre bien en avant mes limites et de ne pas me laisser séduire non plus. Moi, j’ai envie d’offrir des fleurs aux filles. Et de taper dans le dos de mes potes mecs cis. J’ai envie de confidences, de vernis à ongles, de soirées pyjama, de dodos ensemble. J’ai envie d’une candeur un peu enfantine.

Je veux du désir apprivoisé.

De l’intimité chaste. Je veux qu’on prenne des douches ensemble. Qu’on se dessine sur le corps. Qu’on pleure. Qu’on se respire le cou. Qu’on danse, danse, danse et qu’on se déhanche. Je veux qu’on se batte, qu’on se fasse rouler sur le sol. Je veux qu’on s’appelle tard le soir et qu’on se raconte nos soirées en rigolant. Je veux qu’on se mette du mascara et qu’on se prête nos écharpes. Je veux qu’on s’offre des cadeaux. Je veux des copines qui soient des copains. Je veux qu’on s’endorme en tas en fin de soirée. Je veux qu’on laisse la sexualité de côté. Je veux qu’on connaisse nos corps nus. Et nos cœurs incandescents.

C’est ça que je veux t’offrir dans mon amitié.

Que tu bouges devant moi, que tu te déhanches devant moi.

 

La chanson c’est Que tu te déhanche devant moi de Laurie Darmont : https://www.youtube.com/watch?v=0lhjx6GUPMY

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